Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les Rois Souterrains

LE DUC D'ANJOU M'A DIT PAR MARC DEM

17 Juillet 2013 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #ALPHONSE II

MARC DEM - LE DUC D'ANJOU M'A DIT (PERRIN, 1989)

MARC DEM - LE DUC D'ANJOU M'A DIT (PERRIN, 1989)

 Trop courte autobiographie de l'aîné des Bourbons d'alors, parue en 1989 finalement sous le nom de son nègre, Marc Dem. Cela à cause de la mort d'Alphonse II, neuf jours après y avoir apporté les dernières modifications de sa main, et par conséquent pour des raisons naturellement juridiques, familiales et politiques... On y sent le paru à la va-vite, peu documenté (seulement un an et quelques entrevues avec le principal intéressé), mais aussi une mélancolie certaine qui accompagne ce prince disparu trop tôt, pour tant de raisons.

 Cet exemplaire est signé par Gonzalve de Bourbon, duc d'Aquitaine et frère cadet du duc d'Anjou (voir photos).

 Trois citations, avec pour seul critère de sélection notre bon goût :

 - page 49 :

 La surprise précède la souffrance, précède la peur, qui surgira quand elle ne servira plus à rien, à contretemps.

contexte : premier accident de voiture du prince Alphonse.

 - page 90 :

 ...les hommes politiques ont souvent l'habitude de vivre en milieu fermé, dans un petit monde qui n'est pas le reflet de la population d' un pays. De là vient que des gouvernants, ayant cru distinguer la volonté chère à Rousseau, se trouvent déconfits si une de leurs décisions est violemment rejetée ou si un référendum n'apporte pas la confirmation qu'ils en attendaient. Dans l'ambiance feutrée des ambassades, on se forge de semblables illusions. J'étais diplomate de trop fraîche date pour m'y laisser prendre exagérément, je sortais, je me mêlais à la vie populaire, je regardais travailler les gens. Le niveau d'efficacité rappelait le modèle américain, en plus tranquille. La répartition du travail et du repos, si différente de ce que je connaissais en Italie et en Espagne, me remplissait d'étonnement. Les loisirs occupaient une large place, vidant les rues l'hiver et fermant les magasins, faisant sortir des villes, à la belle saison, des flots de gens attirés par les plaisirs de la mer - qui n'a pas son bateau? - ou ceux de la stuga, petit pavillon de bois qu'on peut louer le nombre de jours que l'on veut, au bord des dizaines de milliers de lacs émaillant le territoire. C' était aussi, dès la fin de l'hiver, fin avril, les rondes de danseurs autour du mât où la soirée se termine par le baisser des couleurs et le chant en chœur de l'hymne national, l'explosion d'allégresse du Midsommar, notre fête de la Saint-Jean, les festins champêtres pendant le mois des écrevisses, l'ébullition qui précède Noêl. Toutes choses avec lesquelles il ne faut pas perdre le contact, sous peine de ne voir de la réalité que ce qu'elle a, en définitive, de plus artificiel et de plus décevant.

contexte : Alphonse est ambassadeur d'Espagne en Suède de 1969 à 1973.

 - pages 173 à 177 :

 Une civilisation peut-elle mourir? L'histoire ne nous donne pas sur ce point de réponses apaisantes. Les signes de déclin abondent, en cette fin de siècle, il est à peine besoin de les énumérer. D'où provient ce repli des valeurs, quelle est la ligne de fracture à partir de laquelle s'est amorcée la descente? Un texte abondamment répandu à l'occasion du Bicentenaire de la Révolution la situe historiquement. C'est la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Ses dix-sept articles semblent à beaucoup remplis d'intentions généreuses. Ils sont pourtant frappés d'un vice irrémissible : tous ces beaux droits que l'on promet sans distinction à l'ensemble des citoyens, qui les leur donnera? Sur quel principe supérieur s'appuie l'aspiration reconnue aux citoyens de désirer le bonheur de tous? Si le préambule de Mirabeau, dans la première déclaration, celle de 1789, fait encore une fugitive référence à l' "Etre suprême", Dieu est délibérément rejeté par cette phrase : "Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ; nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément." Déplacemnt ontologique lourd de conséquences. La société part, du fait même, à la dérive, ne se sentant plus obligée par la souveraineté divine, échappant à la loi naturelle, qui est inscrite au plus profond de l'homme et non dans le décret des urnes. Au point que la divergence ira s'accentuant jusqu'à autoriser le meurtre des plus faibles, c'est-à-dire des enfants près de naître. La déclaration entre en contradiction avec elle-même, puisque "la liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui".

(...)

 "Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas." Ayant fait table rase des impératifs de la conscience, du Décalogue et de la morale chrétienne, la Révolution laisse l'homme devant un vide tragique qu'elle va s'efforcer de combler par une prolifération de lois positives fixant dans le détail les limites à la liberté qu'elle proclame. Sait-on que, depuis juillet 1789 à octobre 1795, soit en six ans, furent promulguées 15 479 lois? La République poursuivra dans ce sens, multipliant les interdictions, puisque le Code est principalement destiné à "défendre", faisant et défaisant et non plus même en vertu de la volonté générale que l'on réputait souveraine : selon la volonté des gouvernements successifs et contradictoires ; pour parler plus exactement, des partis au pouvoir. Les projets de loi l'emportent incomparablement en nombre sur les propositions d'origine parlementaire, les référendums d'initiative populaire ne figurent pas dans la Constitution. Ainsi, la souveraineté arrachée aux dirigeants naturels agissant "en nom Dieu" n'a-t-elle été conférée que trompeusement au peuple. Le principe selon lequel ne peut être empêché ce qui n'est pas défendu par la loi ouvre la porte à la licence. Un humoriste qui parlait juste en a conclu que tout ce qui n'est pas défendu est obligatoire. Combien de fois n'interprète-t-on pas de cette manière les principes révolutionnaires? Une autre conséquence en découle ; d'innombrables faits le montrent, livrés chaque jour par l'actualité des journaux : on peut faire légalement des actions immorales.

(...)

 Les temps qui viennent vont être très difficiles ; les menaces s'accumulent. Un autre objectif à atteindre est l'union des forces de la nation. La solution passe par l'oubli des clivages politiques, hérités eux aussi de la Révolution dite française. C'est bien alors que l'on a commencé à droite et à siéger à gauche! Les positions se sont durcies en même temps qu'elles devenaient plus politiciennes, servant avant tout à déterminer des camps pour la conquête du pouvoir. Il y a une autre voie à trouver que les alternatives droite-gauche ou libéralisme effréné-socialisme doctrinaire. Il faut la découvrir dans les profondeurs de notre tradition et de notre histoire.

(...)

 On en revient à la restauration des valeurs qui ont fondé nos sociétés, et que les mythes révolutionnaires, en mûrissant, continuent de détruire. Les droits, présentés comme des absolus, sont une vue de l'esprit. L'homme, en naissant dans une famille, une collectivité, une cité, une patrie, contracte d'abord des devoirs. Ses droits dérivent de ces devoirs, parmi lesquels, au premier chef, celui de transmettre la vie. Sinon, nous ne serions plus là pour en parler. Puisse la France se ressaisir, pour que l'on parle encore d'elle pendant très longtemps!

ALPHONSE AVEC SA MÈRE ET DANS SA MAISON DE MADRID

ALPHONSE AVEC SA MÈRE ET DANS SA MAISON DE MADRID

EXEMPLAIRE SIGNÉ PAR CHARLES GONZALVE DUC D'AQUITAINE

EXEMPLAIRE SIGNÉ PAR CHARLES GONZALVE DUC D'AQUITAINE

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Rg 25/07/2014 03:17

Je ne suis pas de votre avis : j'ai lu cet ouvrage de Marc Dem et il est magnifique : un travail d'une étonnante profondeur et une plume superbe !.
et on a justement le sentiment d'une étroite complicité entre l'auteur et son sujet.