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Les Rois Souterrains

PROFESSEUR FRANCK BOUSCAU : MAURRAS ET LA PENSÉE CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE

20 Février 2016 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #LOUIS XIV, #BARON PINOTEAU

MAURRAS ET LA PENSÉE CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE. PAR FRANCK BOUSCAU, PROFESSEUR DES FACULTÉS DE DROIT, AVOCAT. 2009

MAURRAS ET LA PENSÉE CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE. PAR FRANCK BOUSCAU, PROFESSEUR DES FACULTÉS DE DROIT, AVOCAT. 2009

 Le Professeur Franck Bouscau, premier invité de nos Légitimoscopies, a produit en 2009 un rafraîchissant "Maurras et la pensée contre-révolutionnaire" (Action Familiale et Scolaire) analysant la Méthode Maurassienne, puis ses résultats.

 Nous remercions son auteur, autorisés que nous sommes à vous proposer quelques extraits de

 

Maurras et la pensée contre-révolutionnaire

 Après avoir longtemps exercé une véritable hégémonie intellectuelle sur la pensée royaliste, Charles Maurras, créateur d'une synthèse politique originale où le royalisme prétend couronner le nationalisme, semble connaître une certaine désaffection.

 En effet, concurrencé dans les milieux monarchistes eux-mêmes et dans leurs franges par la remontée doctrinale d'un catholicisme contre-révolutionnaire, Maurras se voit reprocher son positivisme, voire son agnosticisme. Certains opposent au "politique d'abord" d'autres formules, que l'on pourrait énoncer "religieux d'abord". En même temps, lié au courant catholique "traditionnel", mais indépendant de lui et se voulant héritier d'une tradition politique ancienne, un courant "légitimiste" marginalisé depuis la fin du XIXe siècle, qui se fondait sur une rivalité dynastique longtemps estompée, a réussi à retrouver une audience. Cette évolution a quelque peu affaibli le prestige de Maurras et de son école de pensée.

En même temps, un courant "légitimiste" marginalisé depuis la fin du XIXe siècle a réussi à retrouver une audience...

Franck Bouscau

 Enfin, des courants autoritaires, mais non monarchiques, se fondant sur l'urgence ou sur le désir d'opérer un vaste rassemblement ont ravivé le nationalisme républicain. Barrésien hier, "frontiste" aujourd'hui, ce courant concurrence le "maurrassisme".

 Ces critiques imposent donc une re-lecture de l'œuvre de Maurras1 et une ré-évaluation de son apport dans une perspective contre-révolutionnaire.

 (...)

 Maurras lui-même considérait que "la tradition est critique." Il convient, en conséquence, d'inventorier ce qui reste de sa pensée2, indépendamment de la valeur indiscutable de l'écrivain.

 La défense du cadre national était sans doute nécessaire pour livrer combat aux forces de décadence que dénonçait Maurras dans les années 1900 : il n'aurait servi à rien de chercher à ramener l'héritier si l'héritage avait disparu entre-temps3. De nos jours encore, la nation reste le seul vrai cadre de protection et de développement de notre identité.

 De même y a-t-il beaucoup de bénéfice intellectuel à tirer de la critique maurrassienne de la Révolution, de la démocratie moderne, de la Réforme, voire du romantisme.

 Ainsi encore, Maurras a-t-il fait renaître chez beaucoup l'attachement pour une monarchie traditionnelle - loin de l'idéal de monarchie parlementaire des hommes du XIXe siècle. Néanmoins il n'a pas réussi à réveiller l'esprit monarchique dans les masses.

 A ces apports traditionnels, qui font fructifier le vieux fonds contre-révolutionnaire, s'ajoutent des idées plus particulières à Maurras, mais non moins intéressantes.

POUR "LES ROIS SOUTERRAINS". HOMMAGE DE L'AUTEUR. F. BOUSCAU. PARIS, LE 28 X 2015.

POUR "LES ROIS SOUTERRAINS". HOMMAGE DE L'AUTEUR. F. BOUSCAU. PARIS, LE 28 X 2015.

 Si nous n'avons pas la liberté de nous prononcer sur la théorie des quatre Etats confédérés - politiquement correct exige - il nous est encore loisible, mutatis mutandis, de trouver de l'intérêt à des projets comme ceux qui sont contenus dans l'Enquête, ou à la critique du romantisme dont Maurras a mis en lumière les liens avec la Révolution.

 De même, l'idée de Maurras de dégager une "physique sociale" est-elle justifiée, en ces temps de confusion où la science politique est partout mélangée de moralisme laïc.

 De même se pose la question très discutée du "politique d'abord." L'on a pu soutenir contre cette idée que le culturel et le religieux passaient avant. Mais il est également évident que ces combats eux-mêmes ont un certain côté politique. Et Maurras répliquait qu'il ne s'agissait pas d'une hiérarchie d'importance, mais d'un ordre de priorité semblable à celui qui fait mettre les bœufs avant la charrue. Même de ce point de vue, l'idée a été discutée, par exemple au nom du religieux d'abord. Faut-il commencer une reconstruction par en-haut ou par en-bas ? Tout dépend de l'état des lieux.

Il semble qu'il faille accepter Maurras sous bénéfice d'inventaire, un peu à la manière dont saint Thomas d'Aquin lisait Aristote...

Franck Bouscau

 En revanche certains aspects de la construction maurrassienne doivent être abandonnés ou révisés.

 Les historiens du droit ont fait justice des prétentions dynastiques des Orléans4, même s'ils sont plus ou moins les prétendants officiels de la République, aidée de publications style "Point de Vue".

 De même le positivisme d'Auguste Comte5, qui a eu son utilité pour sortir des nuées romantiques, appartient-il pour une large part à l'histoire de la philosophie.

 (...)

 Finalement, il semble qu'il faille accepter Maurras sous bénéfice d'inventaire, un peu à la manière dont saint Thomas d'Aquin lisait Aristote, c'est-à-dire avec indépendance, mais avec sympathie6. Ses idées doivent en permanence être rapportées à la synthèse catholique et contre-révolutionnaire, et jugées en conséquence. C'est une position semblable qu'avait adoptée l'équipe d'une ancienne revue, aujourd'hui disparue, l'Ordre Français, en tête d'un numéro spécial consacré au vieux maître de Martigues : "C'est sous le signe de Charles Maurras que s'est réunie l'équipe de l'Ordre Français. Grâce à lui nous avons acquis un tel appétit du vrai, qu'il nous a contraints à déborder les frontières mêmes de son positivisme politique. Il a ouvert notre esprit aux plus grands maîtres, aux Bossuet, aux Bonald, aux Maistre, à qui nous devons notre conception de la contre-révolution intégrale."7

 (...)

 Maurras et la question dynastique.

 Au XIXe siècle, les royalistes s'étaient divisés entre les partisans des Bourbons, descendants de Louis XIV, et les Orléans, descendants du frère cadet de ce roi, qui avaient accédé au trône au détriment des précédents, par usurpation, en 1830. La "fusion" était une idée favorable à la réconciliation des deux branches de la famille royale. Après la mort sans héritiers directs du comte de Chambord ("Henri V"), aîné des Bourbons, en 1883, le terme "fusionnistes" désigna les royalistes qui se rallièrent aux Orléans en affectant de les considérer comme héritiers légitimes de la couronne (et non seulement comme héritiers de la Monarchie de Juillet). Ce fut la grande majorité. Seule une minorité très restreinte prétendit que la succession royale devait être attribuée aux Bourbons d'Espagne, descendants directs de Louis XIV, donc aînés par rapport aux Orléans, nonobstant les renonciations (nulles) de leur ancêtre Philippe V ou leur nationalité momentanée.

 Le choix en faveur des Orléans a répondu à un désir de réalisme immédiat et finalement illusoire, puisque la monarchie n'a finalement pas été rétablie. Par la suite, la thèse des partisans des aînés, qui avaient conservé le nom de légitimistes, fut réactualisée par plusieurs travaux universitaires visant à démontrer la persistance des droits de ces princes. Ce courant a même réussi à reprendre quelque importance dans les milieux contre-révolutionnaires au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

Professeur Franck Bouscau

 

 1Pour avoir une vue complète de cette œuvre immense, qui comporte, outre les ouvrages politiques, une partie littéraire, notamment poétique, il convient de se reporter à la Nouvelle Bibliographie de Charles Maurras de Roger Joseph et Jean Forges, Aix-en-Provence, L'Art de Voir, 2 vol., 1980, ou au travail d'Alain de Benoist (par ailleurs chef de file de la "Nouvelle Droite") : Charles Maurras et l'Action française. Une bibliographie, Niherne (36), 2002.

 2Cf. le témoignage personnel d'un légitimiste en faveur de Maurras : La Franquerie, Maurras, grand défenseur des vérités éternelles, Alençon, Imprimerie Corbière et Jugain, 1976 (tiré à pat du n° 7 du Bulletin de l'Occident chrétien).

 3Même si l'on regrette des organisations plus vastes, comme la Chrétienté médiévale, cette prise de position est toujours valable de nos jours, où la mondialisation menace notre pays et ses libertés. La royauté ne peut espérer aucune place dans l'Europe des marchands, dans l'Internationale rouge, rose ou verte ou dans le monde métissé des tiers-mondistes.

 4Cf. entre autres, Guy Augé, Succession de France et règles de nationalité, Paris, D.U.C., 1979 et les ouvrages d'histoire du droit cités en référence, Paul Watrin, La Tradition monarchique, Paris, D.U.C., 1983 ; Hervé Pinoteau, Monarchie et Avenir, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1960 ; Jean Barbey, Frédéric Bluche et Stéphane Rials, Lois fondamentales et succession de France, Paris, D.U.C., 1984.

 5L'intérêt maintenu que Maurras a porté à Comte vient peut-être du rôle que ce philosophe a joué pendant sa jeunesse dans la reconstruction de ses certitudes. Il était de ceux qui "n'admettent plus de Dieu, mais il leur faut de l'ordre dans leur pensée, de l'ordre dans leur vie, de l'ordre dans la société dont ils sont memebres." (L'Avenir de l'Intelligence, Paris, Albert Fontemoing, 1905, cité par Léon S. Roudiez, Maurras jusqu'à l'Action Française, Paris, André Bonne, 1957, p. 179).

 6Louis Jugnet (Doctrines philosophiques et Systèmes politiques, Castres, Cahiers du Présent, 1977) arrive à une conclusion voisine : "Pour quelqu'un qui refuse le marxisme et qui pourtant n'est séduit ni par la démocratie libérale, ni par le césarisme totalitaire, la pensée maurrassienne fournit un cadre politique que le chrétien doit assumer dans une perspective supérieure, et, éventuellement, corriger sur tel ou tel point, mais qui est, à notre sens, sans équivalent et sans possibilité de remplacement de par son équilibre et sa solidité toujours proche des évidences premières. Ce qui a pu vieillir, chez Maurras, c'est l'imagerie dont il use parfois... C'est la préoccupation exclusive du danger allemand, qui n'est plus pour nous urgente. C'est parfois même une formulation un peu rétractée et négative de l'intérêt français. Ce n'est pas l'essentiel..."

 7L'Ordre français, avril 1968.

PROFESSEUR FRANCK BOUSCAU (RENNES, LE 29 MAI 2015)

PROFESSEUR FRANCK BOUSCAU (RENNES, LE 29 MAI 2015)

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