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Les Rois Souterrains

INÉDIT - LAURENT CHÉRON : DU BON USAGE DE LA POLÉMIQUE DYNASTIQUE

16 Février 2016 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #L. CHÉRON, #LOUIS XIV, #HENRI V

LOUIS XIV ET SA FAMILLE PAR NICOLAS DE LARGILLIÈRE (1711) - WALLACE COLLECTION. "Sous les bustes d’Henri IV et de Louis XIII, le patriarche des Bourbons est entouré du Grand Dauphin, du duc de Bourgogne et du petit duc de Bretagne, tenu en lisières par sa gouvernante, madame de Ventadour. Fin septembre 1715, la mort a emporté tous ces princes. Survivant mais absent de la scène, le jeune duc d’Anjou, à cinq ans, est devenu Louis XV, éloignant les espérances royales de son cousin Philippe d’Orléans, à qui à échu la régence. Le petit roi aurait-il à son tour disparu, les prétentions du ci-devant duc d’Anjou aîné, Philippe V d’Espagne, se seraient interposées, par principe des lois fondamentales et malgré les dispositions du traité d’Utrecht." Laurent Chéron

LOUIS XIV ET SA FAMILLE PAR NICOLAS DE LARGILLIÈRE (1711) - WALLACE COLLECTION. "Sous les bustes d’Henri IV et de Louis XIII, le patriarche des Bourbons est entouré du Grand Dauphin, du duc de Bourgogne et du petit duc de Bretagne, tenu en lisières par sa gouvernante, madame de Ventadour. Fin septembre 1715, la mort a emporté tous ces princes. Survivant mais absent de la scène, le jeune duc d’Anjou, à cinq ans, est devenu Louis XV, éloignant les espérances royales de son cousin Philippe d’Orléans, à qui à échu la régence. Le petit roi aurait-il à son tour disparu, les prétentions du ci-devant duc d’Anjou aîné, Philippe V d’Espagne, se seraient interposées, par principe des lois fondamentales et malgré les dispositions du traité d’Utrecht." Laurent Chéron

  Nous sommes heureux de vous présenter la nouvelle contribution de Laurent Chéron, premier historien bientôt suivi par d'autres sur Les Rois Souterrains, qui vous rappellent qu'une catégorie regroupe les articles de Laurent Chéron où vous (re)lirez Mon Louis le Grand. Mais aujourd'hui, il est question

 

Du bon usage de la polémique dynastique

 Défendre une juste cause n’implique pas toutefois qu’on use toujours à cet effet de bonne méthode. A cet égard, deux travers conjoints se manifestent souvent dans le propos légitimiste : s’acharner d’une part, pour démontrer les droits de la « branche aînée », à dérouler un écheveau argumentaire aux ramifications juridiques infinies ; d’autre part dénoncer, non pas tant a contrario que selon une vue oblique, l’indignité personnelle des princes d’Orléans, supposée endossée a progenie in progenies, et remontant au moins, bien sûr, à la triste figure de Philippe Egalité.

 « Ce roi est notre roi : son sceptre en fait foi » (hymne national syldave)

 Contre la première faiblesse - car c’en est une - avançons d’abord que la légitimité, justement, ça ne se démontre pas. La légitimité s’impose, par évidence, sinon elle n’est pas. Talleyrand, dans ses mémoires, fustige avec ironie le mémorandum un peu trop copieux du roi des Pays-Bas protestant en 1830 contre la reconnaissance par les puissances de l’indépendance belge. Quand on a raison, remarque le prince de Bénévent, on n’écrit pas quarante pages. Au XIVe siècle, les tenants de Philippe de Valois, en exhumant des temps mérovingiens la mystérieuse loi salique, signalèrent surtout leur besoin de quelque caution supplémentaire, nous dirions de nos jours « médiatique », pour consolider une prétention très contestable au regard des règles ordinaires de la succession seigneuriale. Au vrai, une sérieuse jurisprudence s’imposait déjà, notamment dans la transmission des apanages, pour arguer que la couronne de France relevait d’autres enjeux mais, au pays qui commençait à être celui des plaideurs, les références juridiques les plus ancestrales paraissaient les mieux venues. Gageons cependant qu’il demeure non seulement vain, mais encore maladroit, d’obstinément se perdre en considérations sur l’arrêt Lemaistre, ou la valeur des renonciations d’Utrecht, ou même les déductions des lois de succession de l’Espagne bourbonienne, toutes arguties pour lesquelles on trouvera toujours un plaideur mieux bardé de références tortueuses.

Le dernier survivant de la branche aînée ne pouvait apporter une caution que l’indisponibilité de la couronne empêcherait d’être efficace.

Laurent Chéron

 Voyez le comte de Chambord, qui en ses matières ne se départit jamais d’un laconisme prudent. Qu’en serait-il après sa mort ? Mais, fichtre ! ça n’était certes pas à lui d’en décider, ni même d’expliquer ce qui devrait s’imposer. Relevons ici la prudente finesse du prince, en d’autres circonstances parfois moins heureux. Henri était en effet bien conscient de la faible appétence réciproque entre ses cousins d’Espagne, en tout cas don Juan, et l’opinion royaliste française. La cause, semblant ne pas être gagnée, pouvait rappeler le temps des premiers Valois. Mais, encore une fois, sans préjuger de rien, le dernier survivant de la branche aînée ne pouvait, au risque d’affaiblir aucune des solutions, apporter une caution que l’indisponibilité de la couronne empêcherait d’être efficace. Qu’on se rappelle le sort du testament de Louis XIV.

 « Vive le roi quand même ! »

 On sait qu’en 1883 la majorité de l’opinion royaliste française tourna ses regards vers le comte de Paris, dont la figure, ma foi, ne semblait pas repoussante, malgré la sincérité sans doute un peu douteuse des commentaires et rumeurs émis autour des vœux attribués au défunt de Frohsdorf. Malignité des d’Orléans ! La fidélité légitimiste ne s’est pas privée depuis d’instruire avec zèle le procès d’une banche cadette dont les espérances et les impatiences avaient certes persévéramment traversé les derniers siècles de l’ancienne monarchie, puis la Révolution et la Restauration. Mais est-on par ailleurs plus légitime parce que ses concurrents auraient accumulé jalousies, déloyautés, conspirations, jusqu’au régicide avant l’usurpation ? Pourquoi vouloir démontrer, par un acharnement synchrone au juridisme obsessionnel, comme une méconduite héréditaire des d’Orléans ? Comme si l’indignité personnelle se transmettait de père en fils, et comme si elle démontrait une étrange contre-légitimité successive. Quelle maladresse ! Est-il, en effet plus contraire au principe de légitimité que de déduire une exclusion monarchique des défaillances morales d’un prétendant. A-t-on remarqué que c’était justement l’argumentation des ligueurs contre Henri de Navarre, que son opinion protestante était censée rendre indigne de la couronne1 ? D’avoir été des suppôts de jacobinisme n’entravait pas les droits successoraux des membres de la branche cadette en 1814 ou en 1830, ni n’imposait leur illégitimité.

 On ne voit pas d’ailleurs que la geste des princes d’Orléans après 1870 les ait fait déchoir au regard des exigences du destin national. Les choix du comte de Paris dans les années mille huit cent quatre-vingt, puis ceux du « prince gamelle », jusqu’aux engagements patriotiques de leurs neveux durant les guerres du XXe siècle, tout démontrait même un dévouement à la cause nationale, désormais dépourvu de toute inféodation suspecte à la religion révolutionnaire. Il est d’ailleurs notable - hommage du vice à la vertu - qu’après 1848 les espoirs des philippides se soient plutôt raccrochés à une légitimité dynastique bourbonienne, soit le thème de la « fusion », qu’aux prétentions de 1830. Par la suite, insistons, les manœuvres certes louches d’Henri d’Orléans à Alger en 1942, comme ses atermoiements gaullistes ou mitterrandiens, tout cela ne saurait compter devant les impératifs d’une monarchie successive. Invoquer de tels arguments serait donc plutôt signaler qu’on ne sentirait pas ceux-ci tellement suffisants pour imposer la légitimité qu’on défend.

 Bref, crions donc « Vive le roi ! », Louis le Vingtième, Louis l’Aîné, mais aussi « Vivent les princes ! », tous princes des fleurs le lys, tous d’ailleurs Bourbons en dernière instance, tous priés par leurs fidèles et appelés envers leurs peuples aux devoirs ordonnés de leur état.

Laurent Chéron

 

 1Il n’échappe pas ici que l’abjuration de 1593 fut, en fait, indispensable au règne effectif d’Henri IV, mais, pour préalable et nécessaire qu’elle fût au sacre, elle n’annulait pas la qualité royale de l’intéressé, comme déjà exposé : « [...] tout en refusant à laisser entendre que sa légitimité dépendrait de sa conversion, le roi sait très bien qu’il ne peut régner réellement que s’il est catholique. Aussi se résout-il au geste tant attendu “pour avoir connu et jugé bon de le faire“, selon la formule de Renaud de Beaune aux conférences de Suresnes le 17 mai 1593, mais après qu’il eut été constaté, et sans démenti des députés ligueurs, que l’intéressé agissait ainsi en roi ; “Politique d’abord“... » (L. Chéron, « La Satire Ménippée, un pamphlet contre-révolutionnaire», 1589, des Valois aux Bourbons, Actes de la XVIe session du Centre d’Etudes Historiques, 2010)

LAURENT CHÉRON

LAURENT CHÉRON

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