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Les Rois Souterrains

BARON DE BATZ : 500 ; JEAN RASPAIL : 30.000

24 Janvier 2016 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #LOUIS XVI

 Trente mille personnes furent présentes le 21 janvier 1993 pour ne pas oublier le roi assassiné. Soixante (ou six mille?) fois plus qu'il n'y en avait rue de la Lune, deux siècles plus tôt. Jean Raspail aurait naturellement préféré l'inverse. Embarquons-nous En canot sur les chemins d'eau du roi, une aventure en Amérique (Albin Michel, 2005) trésor de mémoire...

 

 Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, au coin de la rue du même nom et de la rue de la Lune dans le IIe arrondissement, était alors ma paroisse d'adoption. Les scouts qui tenaient réunion au 12 de la rue de la Lune m'ont supporté comme chef de troupe pendant trois ans, jusqu'en 1947. Cette vieille église passablement délaissée recèle quelques jolis secrets. Par une trappe et un puits d'homme dissimulés au coin le plus sombre de la crypte, on accède à la Grande-Batelière, privée de lumière depuis un siècle et demi, un fantôme de rivière qui roule sous la moitié nord de la capitale un flot noir mais encore vivant. J'y ai risqué mes premiers pas d'explorateur aquatique. Que le lecteur ne s'y précipite pas, la trappe est aujourd'hui scellée et recouverte d'une chape de ciment. En revanche, la sacristie contient un trésor de mémoire, cadenassé dans un profond tiroir. Il s'agit de la chasuble que revêtit le 21 janvier 1793 à l'aube, dans une cellule de la prison du Temple, l'abbé Edgeworth de Firmont, prêtre insermenté parce que irlandais, pour célébrer la dernière messe qu'entendit le roi Louis XVI, à genoux, avant de recevoir l'hostie, de dire adieu à sa famille, et de monter dans la berline qui le conduira à l'échafaud.

Il s'agit de la chasuble que revêtit le 21 janvier 1793 à l'aube, dans une cellule de la prison du Temple, l'abbé Edgeworth de Firmont...

Jean Raspail

 Pour ceux qui savent encore s'en souvenir, l'ombre du roi martyr sanctifie ce vieux quartier. Cinq cents gentilshommes avaient rendez-vous rue de la Lune, le 21 janvier au matin, à l'appel du baron de Batz, afin de tenter d'arracher le roi aux dix mille soldats de la République qui formaient autour du cortège un rempart infranchissable. Dénonciations, agents doubles, ratissage de police, il n'en vint que cinq. On entendit une voix formidable qui criaient : "A nous! A nous! Sauvons le roi!" C'était le baron de Batz, l'épée au poing, brandissant son chapeau. La bousculade qui suivit le sauva. Il s'échappa et disparut, tandis que deux de ses derniers fidèles, mitraillés à bout portant par la troupe, expiraient dans des flaques de sang sur les marches du parvis de l'église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. Nulle plaque commémorative ne célèbre leur sacrifice, pas même à l'intérieur du sanctuaire, le clergé pratique la vertu de prudence. La postérité n'a pas retenu leurs noms. Une île de sable, si précaire soit-elle, sur la route royale du Saint-Laurent, était bien le moins qu'on pût leur dédier...

 Mais qu'est-ce que c'est que ce genre d'histoire! Un jeu de gamins attardés, la tête farcie de nobles aventures périmées, les croisades, le roi-lépreux adolescent se faisant porter en litière au plus fort de la bataille, les chevaliers au siège de Malte, la mort de Montcalm, M'sieur d'Charette, les saint-cyriens en gants blancs, le père de Foucauld, le Prince Eric, tout le saint-frusquin "tradi-catho" de l'imaginaire juvénile de ce temps-là, cache-misère du monde réel? J'en conviens, c'était un jeu, mais tout jeu de symbole, à l'exemple des enfants, se doit d'être joué sérieusement. J'ai souvent joué à ces jeux au cours de mon existence, du Pérou des Incas à la Patagonie. Je me demande si ce n'est pas justement en jouant de cette façon-là que le 21 janvier 1993, bicentenaire de la mort de Louis XVI, j'avais rameuté trente mille personnes à l'emplacement de l'échafaud, devant le Crillon, place de la Concorde, à dix heures vingt-trois, heure précise où tomba la tête du roi, les prières de la foule s'envolant au-dessus d'un océan de voitures bloquées, la chaussée jonchée de bouquets de lys blancs. Quand les convictions tournent à vide parce qu'on est débordé de toutes parts et qu'on ne distingue plus aucun moyen de les voir un jour s'imposer, il faut les habiller d'attitudes tranchées. Cela est un jeu...

Jean Raspail

 

 Rendez-vous à dix heures et demie à la chapelle expiatoire, autour de Louis, intimé roi de France.

JEAN RASPAIL : EN CANOT SUR LES CHEMINS D'EAU DU ROI - UNE AVENTURE EN AMERIQUE (ALBIN MICHEL, 2005)

JEAN RASPAIL : EN CANOT SUR LES CHEMINS D'EAU DU ROI - UNE AVENTURE EN AMERIQUE (ALBIN MICHEL, 2005)

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