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Les Rois Souterrains

DOMINIQUE SABOURDIN-PERRIN : LES OUBLIES DU TEMPLE

15 Octobre 2015 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #LOUIS XVI, #LOUIS XVII, #LOUIS XVIII

LES OUBLIES DU TEMPLE - DOMINIQUE SABOURDIN-PERRIN (PERSEE, 2011)

LES OUBLIES DU TEMPLE - DOMINIQUE SABOURDIN-PERRIN (PERSEE, 2011)

 Demain, à 7 heures du soir, 2 rue Eugène Spuller dans le 3e arrondissement, une cérémonie aura lieu à l'occasion de la réinstallation de la plaque à la mémoire de la Famille royale sur l'emplacement de la Tour du Temple. Les Rois Souterrains y seront. Et vous?

 Dominique Sabourdin-Perrin habite devant le square du Temple depuis 50 ans et l'histoire de cette prison - et de ses résidents, contraints ou employés - n'a presque plus aucun secret pour elle. Son enquête très fouillée compte plus de 500 pages ; voici, avec l'accord de Madame Sabourdin-Perrin, quelques extraits des Oubliés du Temple, que son auteur racontera avec passion dans Légotimoscopie II, bientôt en ligne ici.

 (Les Rois Souterrains présenteront Les Oubliés du Temple (Persée, 2011) sur leur comptoir lors de la IVe édition de la Biennale Blanche organisée par Alain Texier - que nous remercions de son invitation - le samedi 24 octobre de 14h00 à 17h00 au 6, rue Albert Lapparent à Paris.)

 

 LUNDI 13 AOUT 1792

 Ce 13 août 1792, le Roi, la Reine, Madame Elisabeth et les deux enfants ignorent les bouleversements que provoque leur arrivée dans l'enclos du Temple. Abattus par l'incertitude qui plane sur leur sort, par les trois jours passés dans le local du Logographe1 et par une chaleur particulièrement orageuse, ils n'aspirent qu'au calme et au repos. La voiture de la famille royale2 s'arrête dans la cour du Palais du Grand Prieur, vers 19 heures. La jeune Pauline de Tourzel, qui fait partie de la suite royale, raconte dans ses souvenirs, La voiture marchait au pas... le jour commençait à tomber lorsqu'on arriva au Temple. La cour, la maison, le jardin, étaient illuminés et avaient un air de fête qui contrastait horriblement avec la position où se trouvait la Famille royale. Le Roi, la Reine, entrèrent dans un fort beau salon, où nous les suivîmes ; on y resta plus d'une heure sans pouvoir obtenir de réponse aux questions que l'on faisait pour savoir où étaient les appartements.

Selon les Procès-Verbaux de la Commune, le Maire, Pétion, et le Procureur de la Commune, Manuel, qui ont accompagné le Roi et sa famille jusqu'au Temple, n'ont pas cru devoir déférer au décret qui ordonnait de déposer le Roi dans la Grosse Tour, inhabitable en l'état. Les archives s'y trouvant encore et aucun aménagement n'ayant été apporté, on ne pouvait y vivre, Ce lieu ne leur a pas paru convenablement disposé. La discussion a été ouverte et plusieurs ont combattu la proposition de laisser le Roi dans le Palais du Temple plutôt que dans la Tour. La discussion fermée, il est arrêté que celui ordonne la Tour sera maintenu.3

On respectera la décision de la Commune. En attendant, il faut trouver une solution pour installer le Roi et sa famille, le soir même, et pendant la durée des travaux nécessaires. Les conditions de sécurité du Palais du Grand Prieur sont insuffisantes, comme l'ont fait remarquer les commissaires qui ont repéré les lieux. On choisit, donc, la Petite Tour, qui est correctement aménagée, puisqu'elle est habitée par l'archiviste Berthélemy.

INSTALLATION DANS LA PETITE TOUR

Pendant le déménagement de Monsieur Berthelémy, règne une certaine confusion, les canonniers veulent absolument conduire le Roi, seul, dans la Tour et installer les autres membres de la famille, dans le château, alors que le Procureur Manuel, détient un arrêté de la Commune, pour installer tout le monde, dans la Tour. Avant de se retirer, Pétion calme les canonniers et laisse les prisonniers sous la responsabilité de Manuel.

La famille royale ne se doute de rien et, l'âme navrée de douleur, a pénétré dans le Palais du Grand Prieur où des serviteurs l'ont précédée. Le Roi, surveillé par les municipaux, reste persuadé qu'il va occuper les lieux et demande à visiter les appartements pour en faire la distribution, mais personne ne lui répond. Enfin, à dix heures du soir, on sert aux détenus un souper qui dure peu de temps, On servit un grand souper, auquel on toucha peu... Puis tout le monde retourne au salon, Dès cet instant, Louis XVI fut abandonné à cette commune factieuse, qui l'investit de gardiens, ou plutôt, de geôliers, à qui elle donna le titre de commissaires.4 Pendant ce temps-là, un commissaire, a entraîné les valets de chambre du Roi, Chamilly et Hue, dans la Petite Tour, libérée de ses occupants, pour préparer les lits.

Tous sont épuisés, surtout le petit Louis-Charles, qui n'a que sept ans, Monsieur le Dauphin tombait de sommeil et demandait à se coucher. Madame de Tourzel a gardé l'enfant sur ses genoux pendant le repas, mais elle désire le coucher et insiste auprès des commissaires pour le conduire dans une chambre, ma mère pressant vivement pour savoir où était la chambre destinée à M. le Dauphin, on annonça enfin que l'on allait l'y conduire.5 Vers onze heures du soir, un homme s'empare, soudainement, de l'enfant. Madame de Tourzel suit, affolée. C'est ainsi que le Dauphin est le premier membre de la famille royale à pénétrer dans la Petite Tour. Madame de Tourzel raconte, Je le mis sur le canapé où il s'endormit... On était encore à table, lorsqu'un municipal le prit sur le champ entre ses bras et l'emporta avec une telle rapidité que Mme de St Brice et moi eûmes toutes les peines du monde à le suivre. Nous étions dans une inquiétude mortelle en le voyant traverser des souterrains et elle ne put qu'augmenter quand nous vîmes conduire le jeune Prince dans une tour et le déposer dans la chambre qui lui était destinée.6

Deux heures plus tard, les commissaires donnent l'ordre aux prisonniers de ramasser le peu d'effets qu'il leur a été possible d'emporter. Il est dit que le Roi fut surpris, mais François Hue écrit que les municipaux avaient prévenu les personnes de service, que la famille royale ne coucherait pas dans le palais, qu'elle l'habiterait le jour seulement.7

Lorsque le Roi, sa femme, sa fille, sa sœur, et les quelques fidèles qui les accompagnent, pénètrent dans la Petite Tour, il est une heure du matin, le mardi 14 août 1792.

DOMINIQUE SABOURDIN-PERRIN POUR LES ROIS SOUTERRAINS

DOMINIQUE SABOURDIN-PERRIN POUR LES ROIS SOUTERRAINS

LES CONDITIONS DE VIE

La vie quotidienne dans le Temple, est difficile pour tous, en raison des astreintes et contraintes, qui s'alourdissent au fil du temps, serment, cartes d'entrée, enfermement, vie communautaire désagréable, peur. Si le 13 août 1792, le fait d'occuper un emploi au Temple, a semblé un privilège, permettant d'obtenir un logement et d'être nourri, cela est vite devenu une source de tracas.

L'enfermement est difficile à supporter. Les Tison, Simon, Madame de Chanterenne ne supportent plus leur vie dans la Tour, l'officier de bouche Rémi se retire en janvier 1793, le concierge Mathey8 demande à être relevé de ses fonctions, ce qui lui est refusé. A cela s'ajoutent les contraintes, qui sont de tous ordres, horaires, fouilles, interdiction de sortir ou d'entrer avec des paquets, de parler aux prisonniers, décisions intempestives, obligation de travailler sous la surveillance des municipaux, de mesurer gestes et paroles qui peuvent faire l'objet, à tout moment, de mauvaises interprétations.

(...)

Cependant, la plupart des employés ne pensent pas à quitter les lieux, en raison du logement et du gagne-pain quotidien, difficiles à trouver en cette époque troublée. Ils sont nombreux ceux qui sont logés avec leur famille, Angot vit avec sa femme et sa fille, Louis Gourlet vit avec sa femme, Lefebvre avec sa nièce, Marie Morelle, Gagné,9 avec enfants, femme et belle-mère, Baron avec femme et enfant, les Rockenstroch parents et fils, Danjou, Quesnel, les économes Lelièvre, Coru, Liénard avec femme et enfants, Simon et sa femme, les Tison.

(...)

Le système transforme les employés en prisonniers de la Maison du Temple et de la Commune de Paris.

Si les municipaux ont occupé leur fonction, le plus souvent par conviction politique, les employés ont travaillé au Temple pour gagner leur vie. Quelques individus ont montré une attitude haïssable et grossière envers les détenus royaux et ont été renvoyés très vite, pour des raisons disciplinaires ou économiques. La plupart de ceux qui sont restés jusqu'au départ de Madame Royale, se sont montrés d'un fidélité et d'un courage exemplaires. Il semble que, peu à peu, un certain attachement se soit manifesté pour les prisonniers, tout particulièrement quand les deux enfants sont restés seuls.

LA TOUR

On a beaucoup écrit sur cet affligeant sujet et chacun a dit ce qu'il avait vu ou entendu, comme aussi ce qu'il n'avait ni vu ni entendu.10

Personne n'a pu contester l'existence de la Tour qui reste le point central du drame.

Après le départ de Marie-Thérèse-Charlotte, la Tour continue à rester une prison en activité, beaucoup de condamnés à la déportation et détention restent provisoirement dans la maison11 dans laquelle tout se dégrade. Le manque de parloir compromet... la sûreté de cette maison... le concierge est obligé nuit et jour de donner son logement pour cet usage... ce concierge est continuellement occupé à faire condamner des issues, faire mettre des planches aux barrières...12

(...)

Seules les portes gothiques de la grande salle de la Tour sont conservées au château de Vincennes. Des gravures, des tableaux, des maquettes, des plans, des écrits en gardent le souvenir. Louis XVIII accorde au dernier défenseur de son frère, l'avocat de Sèze, de faire figurer, dans ses armoiries, la Tour du Temple entourée de fleurs de lys. La concession lui est accordée par ordonnance du 12 novembre 1817, Nous lui avons permis et permettons des substitutions dans ses armoiries, au croissant et aux trois tours qui s'y trouvent, des fleurs de lys sans nombre et une tour figurant la Tour du Temple et pour devise extérieure 26 décembre 1792.13 La Tour et la date de la plaidoirie sont donc liées, évoquant la prison et la mort de la famille royale, au travers de celle du Roi.

Cette date ne doit pas faire oublier les souffrances et les morts des autres, les hommes et les femmes, les bons et les méchants qui ont, pour la plupart, été contraints de se trouver dans ce même lieu qui pourrait être appelé "la Tour du Malheur".

Dominique Sabourdin-Perrin

 

 1Loge du journal de l'Assemblée.

 2La voiture ne pénètre pas par l'enclos du Temple.

 3Tourneux (Maurice) - Procès-Verbaux de la Commune de Paris.
 4Berthélemy est resté dans son logement, malgré la dissolution de l'Ordre de Malte et la nationalisation de ses biens, en juin 1790.
 5Béarn (Pauline de).

 6Tourzel (duchesse de) - Mémoires

 7Hue (François) - Dernnières années du règne et de la vie de Louis XVI.

 8Mathey, compromis, ne veut plus rester dans le Temple. Il est accusé de vol.

 9AN F/7/4391.

 10Goret (Charles) - Mon témoignage sur la détention de Louis XVI et de sa famille dans la tour du Temple. Il existe dans le registre n° 1 des convois de l'Eglise Ste Elisabeth à Paris 3e, notification d'une messe d'enterrement, le 25 février 1809, pour Marie-Perrette Ternevier épouse de Charles Goret 60 ans - 38 rue de Saintonge.

 11AN F/16/581.

 12Idem.

 13Date de la plaidoirie de Romain de Sèze.

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Pilayrou 15/10/2015 18:43

Le Pourquoi de la Chose....
Chercheur reconnu sérieux par divers grands historiens; connus ou non.

http://louisxvii.canalblog.com/