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Les Rois Souterrains

INÉDIT - LAURENT CHÉRON : MON LOUIS LE GRAND

30 Septembre 2015 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #L. CHÉRON, #LOUIS XIV

LOUIS XIV EN APOLLON, B.N. "Le roi de quinze ans a la tenue et le pas attentifs, le visage empli de gravité juvénile, sous la parure rayonnante de la majesté assumée, comme entrant dans la grandeur du ministère royal avec le sérieux de l'enfant lourdement costumé qui joue sa partie dans nos spectacles d'école." Laurent Chéron

LOUIS XIV EN APOLLON, B.N. "Le roi de quinze ans a la tenue et le pas attentifs, le visage empli de gravité juvénile, sous la parure rayonnante de la majesté assumée, comme entrant dans la grandeur du ministère royal avec le sérieux de l'enfant lourdement costumé qui joue sa partie dans nos spectacles d'école." Laurent Chéron

 C'est en beauté que Les Rois Souterrains achèvent ce mois de septembre non seulement parce que nous vous proposons aujourd'hui un texte inédit en hommage à Louis XIV, mort il y a trois siècles, mais aussi parce que l'auteur de Mon Louis le Grand est un agrégé d'histoire qui, nous l'espérons, récidivera régulièrement sur ce site. Laurent Chéron appartient au cercle prestigieux des historiens conviés chaque été par Le Centre d'Etudes Historiques lors de son université. Le C.E.H.1 publie annuellement les actes de ses sessions (disponibles ici).

 

Mon Louis le Grand

 Quand la mémoire évoque le plus long et le plus mémorable de nos règnes, comment ne pas rapprocher d’abord le vieux patriarche s’éteignant en cette fin de d’été 1715 au cœur son palais, du jeune amant courant de bals en carrousels, un demi-siècle auparavant, à l’aube du règne personnel ? Ce que révèle alors cette longue vie royale c’est, à l’inverse des caricatures et des représentations faussées, l’humilité et la souplesse d’adaptation aux fortunes de l’histoire manifestées par un roi bien loin de la silhouette rigide du Louis XIV « à sceptre et perruque » (Petitfils), entravé de préjugés, quand il n’aurait pas été un autocrate borné.
 Voici d’abord le prince échappé d’un conte galant du premier La Fontaine, que les cours d’Europe inattentives auraient pu juger un peu trop longtemps attardé sous la double tutelle de la régence maternelle et du ministériat d’un impérieux cardinal. Mais avant les fêtes du Louvre et les chasses de Fontainebleau, ç’avaient aussi été les sombres années de la Fronde, la fuite nocturne à Saint-Germain, l’entrée à Marseille par la brèche, les affronts à la majesté royale endurés dans le cœur et la chair, l’expérience d’un règne entamé dans la guerre civile, comme celui de son grand-père, mais avec en moins l’assurance de l’âge. Ne boudons pas notre plaisir, en cette année jubilaire de Marignan, et de son millésime « ami de la mémoire » (Bainville), au souvenir de la scène, comme offerte au crayon d’un Job des livres de prix, du jeune roi accourant au Parlement en bottes de chasse, pourpoint rouge et feutre gris, pour gourmander des robins médusés et entamer à la Dumas son règne personnel. Louis n’avait pas vingt-cinq ans, et c’est l’insouciant Fouquet qui retardait déjà d’une queue de Fronde, en se laissant arrêter au dernier acte, par d’Artagnan s’il vous plaît. Avant Napoléon, sa redingote et ses adieux dans les plis du drapeau, le roi-soleil sut nous offrir ce qu’il fallait d’image et de théâtre au roman national.
 Mais la geste du monarque, pour être digne du tableau d’histoire, reste animée de raison. L’ambition ne donna jamais dans la révolution. Si Louis XIV transmit à ses successeurs une monarchie suffisamment renforcée pour que la minorité de Louis XV ne connût pas de Fronde, elle restait bien encore une monarchie tempérée, quand le Parlement, jamais piétiné par un roi qui ne fut pas un despote, sut dès l’ouverture de la Régence, et avec quelle autorité, trancher en faveur des lois fondamentales. En septembre 1715, entouré de deuils et de fantômes, hanté de quelques remords, de quelques doutes aussi, peut-être quelques regrets - le testament ? la bulle ? - celui qui avait conduit la France à bout de sacrifices pour assurer le pré carré - une garantie d’un siècle contre les invasions - et suffisamment taillé dans l’empire éclaté des Habsbourg, savait aussi laisser à ses successeurs l’enseignement de la vieille sagesse capétienne dans l’ordre géopolitique. Puissance satisfaite, la France devrait désormais se rapprocher de toutes les Etats œuvrant à l’équilibre de l’Europe, et faire bon visage à la maison d’Autriche désormais, comme elle, postée au rang des forces conservatrices. Fleury, à la peine, puis Choiseul, plus hardiment, sauraient se le rappeler.
 « A notre âge, Monsieur le maréchal, on n’est plus heureux », aurait en substance confié un roi de soixante-trois ans au malheureux Villeroy, rentré vaincu de Ramillies. En quoi un prince réputé orgueilleux était aussi un roi philosophe, certes plus proche d’Antigone Gonatas que de nos tyrans contemporains, mieux compris d’un Voltaire, qui était encore du même monde, que de nos actuels bavards.

Laurent Chéron

 

 1Chrisitan Pinot, Président du C.E.H., est interviewé ici.

LAURENT CHÉRON

LAURENT CHÉRON

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