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Les Rois Souterrains

CHARLES X DE JEAN-PAUL CLEMENT : UN ROI SURPRENANT

29 Septembre 2015 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #CHARLES X, #HENRI V, #LOUIS XVIII

JEAN-PAUL CLEMENT POUR LES ROIS SOUTERRAINS

JEAN-PAUL CLEMENT POUR LES ROIS SOUTERRAINS

 Qui connait Chateaubriand et Charles X comme personne? Celui qui l'a prouvé avec son Chateaubriand (Flammarion) paru en 1998 et qui en fait autant aujourd'hui avec le dense Charles X - Le dernier Bourbon (Perrin). Le Professeur Jean-Paul Clément nous livre, avec le concours de Daniel de Montplaisir (chapitres 5 et 15), 463 gracieuses pages (hors notes) consacrées à ce surprenant roi : "plus on s'approche du sombre portrait de Charles X, plus le côté lumineux du personnage affleure, fait surface, enfin occupe l'espace".

 Ce 29 septembre impose quelques pages dans lesquelles il est aussi question du petit-fils et héritier de Charles X : Henri V.

 Les Rois Souterrains remercient le Professeur Clément dont le vertueux patronyme lui va comme un gant.

 

 Eclaireur de la Restauration en avril 1814 puis gardien de l'orthodoxie royale depuis les Cent-Jours, il contribua, après son frère Louis XVIII, à débarrasser la direction des affaires publiques des reliques d'Empire et à faire émerger une nouvelle génération de responsables, dont les plus marquants furent Richelieu, Villèle et Martignac.

 Monté sur le trône, il présida l'une des périodes les plus fastes de l'histoire de France, aussi bien sur les plans économique et politique que dans le domaine culturel. De 1824 à 1830, la France s'enrichit, selon la formule de Guizot, aussi bien dans le commerce que dans les industries, l'artisanat et l'agriculture. Le niveau de vie moyen des Français s'éleva régulièrement et la rente progressa, diffusant un climat de confiance favorable à l'expansion, cercle vertueux de la croissance, et un budget de l'Etat en équilibre.

 Si la libération du territoire par les troupes d'occupation étrangères, le règlement des dettes de guerre et le rétablissement des finances furent incontestablement l'œuvre des gouvernements de Louis XVIII, il revient à ceux de Charles X d'avoir su maintenir les conditions d'une industrialisation rapide, grâce notamment à de nombreuses inventions techniques, et d'avoir favorisé comme jamais auparavant l'éclosion des arts et des lettres en plein bouillonnement romantique. Le monarque s'attacha personnellement à subventionner les recherches scientifiques, à financer les voyages de découverte autour du monde ; il envoya Champollion en Egypte et soutint ses travaux en dépit de ses opinions républicaines avérées ; il créa le musée de la Marine, le Musée dit Charles X, le département d'égyptologie du Louvre, enrichit le Jardin des plantes de nombreuses espèces nouvelles, fit pensionner de nombreux artistes et venir à Paris l'obélisque qui orne toujours la place de la Concorde.

 C'est encore sous son règne que la France, vaincue sous Napoléon et pansant ses plaies sous Louis XVIII, reprit pleinement sa place dans le concert des nations, jouant encore, après la campagne d'Espagne de 1823, un rôle déterminant dans l'indépendance de la Grèce et mettant fin, par la prise d'Alger, à la piraterie barbaresque et à la traite des Blancs qui sévissait depuis trois siècles en Méditerranée. Incitant Chateaubriand à écrire : "Si l'on faisait une liste des princes qui ont augmenté les possessions de la France, Bonaparte n'y figurerait pas ; Charles X y occuperait une place remarquable1." Le chancelier Metternich décrit dans ses Mémoires : "C'est au milieu d'un prospérité inouïe, d'un conquête qui a excité l'envie de l'Angleterre et l'admiration reconnaissante des nations européennes, que le peuple s'est laissé poussé à la rébellion contre son roi. Je comprends les calculs égoïstes des séducteurs, mais non l'insigne niaiserie des innombrables dupes." Si l'on suit la piste ainsi ouverte par l'un des meilleurs observateurs de la vie politique européenne de l'époque, on serait conduit à considérer qu'en juillet 1830, le peuple français, égaré par des discours trompeurs, se serait laissé dépasser par le mouvement qu'il avait mis en marche sans en mesurer les incidences ni comprendre les forces qui l'avaient provoqué.

 Que manqua-t-il donc à Charles X pour surmonter cette épreuve et s'inscrire dans la lignée des grands rois de France à laquelle son bilan lui donnait droit d'accès? Sans doute la rapidité d'analyse et de décision, de même que le sens des occasions d'urgence, sans lesquels un homme d'Etat demeure incomplet, quelles que soient ses qualités par ailleurs. En 1830, Charles X ne disposait ni d'hélicoptère pour se rendre à Alger auprès de Bourmont ni de l'arme absolue du suffrage universel. En dépit de ce qui fut dit plus tard dans les milieux légitimistes, cette solution, pour décisive qu'elle fût sans doute, n'était pas encore dans les esprits et personne n'en conseilla au roi le recours. Lui-même et son entourage commirent donc l'erreur historique de croire qu'il fallait se méfier du peuple, confondant au surplus la province et Paris, au lieu de s'appuyer sur lui et sur la "France profonde". Contresens fatal.

SA MAJESTE CHARLES X

SA MAJESTE CHARLES X

 Si la Restauration a échoué, estime le professeur Cobban, cela ne prouve pas qu'elle était depuis le début vouée à l'échec. Au contraire, la révolution de 1830 semble être le résultat d'une série d'accidents, de maladresses, de l'entêtement de Charles X, comme s'il avait été dirigé par un destin aveugle ou comme si son bon sens avait disparu avec l'âge. Il était à un tel point inexistant qu'il ne méritait pas même une révolution. En vérité, si on regarde au-delà des événements contingents de 1830, on peut voir que cette révolution n'était pas vraiment dirigée contre lui, mais contre la réapparition anachronique d'une noblesse qui croyait que le XVIIIe siècle ne s'était jamais terminé, et d'un clergé qui, comme le XVIIIe siècle avait été en ce qui concerne l'Eglise une période malheureuse, regardait en arrière vers le XVIIe. D'un autre côté, une partie importante des classes éduquées en France, même si elles estimaient que la religion pouvait être bonne, ne souhaitaient pas que les prêtres dirigeassent et que leurs propres enfants fussent éduqués par eux. Ils se tournèrent contre un régime dans lequel l'influence de l'Eglise semblait de plus en plus dominante2.

 Quarante ans plus tard, la légitimité que l'on croyait durablement enfouie dans les brouillards ultramontains passa bien près de se trouver rétablie par ce même suffrage universel. Après le désastre de Sedan, le renversement de Napoléon III et la proclamation hâtive de la république, le peuple fut appelé, en février 1871, à élire une assemblée nationale qui devait, avant toute chose, se prononcer sur la poursuite de la guerre contre l'Allemagne ou sur l'ouverture de négociations en vue de la paix.

 Sur six cents députés, environ quatre cents provenaient des milieux monarchistes. Contrairement à une idée trop longtemps véhiculée, le message du peuple ne se limitait pas à réclamer la fin de la guerre : il consistait aussi à demander le roi, non seulement comme garant de la paix mais aussi comme la seule institution capable d'achever tant d'aventures politiques et d'expériences malheureuses qui avaient conduit, comme en 1814, la France au bord du gouffre. Miraculeusement, la grande majorité des royalistes s'accorda sur le nom d'Henri V pour accéder au trône, l'héritier de Louis-Philippe ayant publiquement déclaré qu'il ne serait jamais son compétiteur.

 Le petit-fils de Charles X avait conservé pour son grand-père une affection qui ne se nourrissait pas uniquement de souvenirs intimes : il partageait avec lui une certaine conception de la monarchie traditionnelle, particulièrement de ses principes et de ses symboles, tout en ayant, au cours d'un réflexion politique de plus de vingt ans, admis d'importantes évolutions dans l'organisation et le fonctionnement d'un gouvernement et d'une représentation nationale. C'est pourquoi il défendit la formule d'une monarchie constitutionnelle sous les couleurs du drapeau blanc de la Restauration. En 1871, le drapeau tricolore était devenu l'emblème de la défaite, de l'humiliation et du sang des Français inutilement versé. Le comte de Chambord ne doutait nullement que le peuple, et même l'armée accueilleraient donc avec joie le rétablissement du drapeau blanc. C'est alors qu'une cabale montée dans les milieux conservateurs, d'obédience orléaniste et bourgeoise républicaine, propagea l'idée que jamais ni le peuple ni l'armée n'accepteraient un changement de drapeau. Mais on se garda bien de les consulter.

 Avec le recul du temps, il apparaît aujourd'hui que la question ne se pose guère de savoir pourquoi le comte de Chambord refusa le drapeau tricolore. Parlèrent en son nom des représentants qui voyaient dans le retour de la monarchie légitime le risque d'une perte d'influence de leur clientèle. Dès lors, ils enfermèrent l'héritier du trône dans un labyrinthe politique dont ni lui, ni ses partisans, longtemps écartés des affaires publiques et des arcanes du pouvoir, ne parvinrent à s'extirper, de même que Charles X n'avait su trouver d'issue à la crise de 1830. Après être sortie "de la rue et de la combinazione politique", selon la formule de l'historien Michel Winock, peu suspect de légitimisme, la république fut votée le 30 janvier 1875 à une voix de majorité par des députés qui n'avaient reçu aucun mandant pour cela...

Jean-Paul Clément

 

 1Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, livre XXXV, chapitre 11, t. II, p. 2387.

 2Cobban, 1965.

CHARLES X LE DERNIER BOURBON - JEAN-PAUL CLEMENT (PERRIN, 2015)

CHARLES X LE DERNIER BOURBON - JEAN-PAUL CLEMENT (PERRIN, 2015)

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