Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les Rois Souterrains

JEAN SKARBEK : LE COMTE DE PARIS ET LE DUC DE BOURBON N'ONT PAS LA MÊME LÉGITIMITÉ

26 Juillet 2015 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #ALPHONSE II, #JACQUES-HENRI VI, #ALPHONSE Ier, #HENRI V, #LOUIS XVI

 Le spectacle du monde publiait son dernier numéro - 613 - l'année dernière, en plein été. Les meilleurs partent souvent les premiers. Pourtant les abonnés ne manquaient pas... Mais il n'est de richesses que de rentabilité déclarait Monsieur de Valmonde (bientôt Monsieur Val tout court?).

 Rendons hommage à ce magazine qui proposait en juillet 1964 (n° 28) un article de Jean Skarbek intitulé Le comte de Paris et le duc de Bourbon n'ont pas la même légitimité.

 Ou le rafraîchissant rappel qu'un orléaniste est ce légitimiste inaccompli tant qu'il ne saura pas lire la généalogie capétienne à la lumière des limpides lois fondamentales du royaume de France.

LE SPECTACLE DU MONDE 28 - JUILLET 1964 : LUTTEUR NUBIEN (GEORGE RODGER / MAGNUM)

LE SPECTACLE DU MONDE 28 - JUILLET 1964 : LUTTEUR NUBIEN (GEORGE RODGER / MAGNUM)

TABLEAU GÉNÉALOGIQUE
TABLEAU GÉNÉALOGIQUE
TABLEAU GÉNÉALOGIQUE

TABLEAU GÉNÉALOGIQUE

Le comte de Paris et le duc de Bourbon n'ont pas la même légitimité

 Il y a actuellement deux prétendants au trône de France : le comte de Paris, représentant la branche d'Orléans, successeur de Louis-Philippe, premier et dernier "roi des Français", et le duc d'Anjou et de Ségovie, représentant la branche aînée des Capétiens, chef de la Maison de France, descendant direct de Louis XIV : "Roi de France".

 Pour comprendre quels sont les droits respectifs de ces deux princes, il faut avoir recours à la généalogie, d'une part (voir tableau), et d'autre part, aux principes coutumiers fondamentaux qui se sont établis au cours du temps, et ont reçu force de loi au XIIIe siècle ; ils furent défendus sans cesse par les Parlements, les princes, les juristes, l'Eglise, le peuple, et s'imposaient donc à l'autorité royale : c'étaient les principes fondamentaux du Royaume, qui fixaient la dévolution de la Couronne.

 Principe de base : la primogéniture mâle.

 La Couronne se transmet dans une même branche de mâle de mâle, par ordre d'aînesse, puis, en cas d'extinction de la branche aînée, passe à l'aîné des mâles de la branche qui vient immédiatement après.

 Règle d'application :

 a) On naît prince du sang, on le devient pas. La naissance doit être publique ; la Couronne ne peut donc se transmettre par bâtardise ni par adoption (d'où l'exclusion des Bourbon-Busset et des Freeman : - les Bourbon-Busset sont "cousins du roi" mais non "princes du sang", leur branche étant "tenue pour bâtarde" depuis le XVe siècle (1) , - les Freeman descendraient d'un fils naturel du duc de Berry, fils de Charles X (mariage (?) secret et non prouvé avec Amy Brown) (2).

 Il n'y a aucune restriction au mariage des princes, qui peuvent librement choisir leur femme en dehors des familles princières (ex. : Catherine de Médicis, femme d'Henri II, et Marie de Médicis, femme d'Henri IV).

 b) Le sang de France ne se suppose pas. Cela élimine ceux dont l'ascendance n'est pas absolument prouvée (énigme Louis XVII : parmi les multiples prétendus descendants du Dauphin du Temple, tous étaient certainement faux, sauf un, au moins).

 Ainsi que le montre le tableau généalogique, l'aîné de tous les Capétiens réguliers est aujourd'hui le duc d'Anjou, chef de la Maison de France, descendant de Louis XIII et de Louis XIV par le petit-fils de celui-ci, le duc d'Anjou, qui devint Philippe V, roi d'Espagne. C'est là que le problème de la succession à la Couronne de France rejoint celui de la succession à la Couronne d'Espagne :

 un Espagnol est-il dynaste en France, un Français est-il dynaste en Espagne?

 Nous traiterons ici que de la question française, sur laquelle les monarchistes sont divisés.

 Les partisans de la branche d'Orléans (représentée actuellement par le comte de Paris) soulèvent deux objections à l'encontre de la branche aînée (représentée par le duc d'Anjou) : la branche aînée est espagnole, son représentant actuel est resté espagnol ; son ancêtre, petit-fils de Louis XIV, a renoncé à ses droits à la Couronne de France.

 Les légitimistes, partisans du duc d'Anjou, répondent :

 a) sur la nationalité : un Capétien garde toujours son aptitude à la Couronne de France, même si lui-même ou ses ancêtres ont régné à l'étranger. Les précédents historiques ne manquent pas : Louis XIII duc de Milan, François II roi d'Ecosse, Henri III roi de Pologne (il signa jusqu'à sa mort "roi de France et de Pologne"). Et Henri IV ne fut pas le premier roi de France qui fut d'abord roi de Navarre : avant lui, Philippe IV le Bel et Louis X le Hutin l'avaient été, à une époque où la Navarre était séparée de la France par de nombreuses possessions anglaises!

 De même, Napoléon III était fils de Louis, roi de Hollande : ces règles sont tellement enracinées en France, que la dynastie napoléonienne, elle-même, les a suivies!

 Les princes Louis-Alphonse et Gonzalve (fils du duc d'Anjou) sont probablement les Capétiens contemporains possédant le plus de sang français. Au reste, la plupart des autres dynasties régnant actuellement à l'étranger ne détiennent qu'une faible part de "sang" national. Louis XIV a toujours affirmé les droits et les devoirs sur le trône de France des princes d'Anjou, montés sur le trône d'Espagne. Il avait tenu à délivrer à son petit-fils Philippe V des lettres de nationalité française (ce qui avait été fait aussi pour Henri III) et il tint à lui dire, alors qu'il partait pour Madrid :

 - "Souvenez-vous toujours que vous êtres prince français".

 Ce principe ne fut jamais oublié de la branche aînée, représentée par le comte de Chambord, et, après sa mort en 1883, par Jean (III), Don Jaime, Alphonse-Charles duc de San Jaime (+1936), Alphonse XIII, et son fils, le duc d'Anjou.

 b) sur les renonciations d'Utrecht : un prince capétien ne perd jamais ses droits à la Couronne de France, même s'il règne à l'étranger, y a régné, ou possède simplement une nationalité étrangère (3), car la qualité de prince du sang ne se perd pas. Ce principe étant difficilement contestable, les orléanistes élèvent une autre objection, fournie par les renonciations d'Utrecht : opposés à la présence d'un Bourbon en Espagne, l'Angleterre, l'Autriche et le Hollande, imposèrent à la France et à l'Espagne, à la suite d'une longue guerre, les traités d'Utrecht (1713), par lesquels Louis XIV (et son petit-fils Philippe V) étaient contraints, entre autres clauses, à combler le port de Dunkerque, et renonçaient à réunir sous un même sceptre les couronnes de France et d'Espagne : Philippe V devait abandonner, pour lui et ses descendants, toute prétention à la couronne de France.

 Mais l'argument de la renonciation jouerait, a fortiori, contre la branche d'Orléans, car Philippe-Egalité a, par trois fois, renoncé pour lui et ses descendants, aux droits à la couronne. Si une renonciation était valable, l'autre le serait aussi! Nous pensons, pour notre part, que ces renonciations sont aussi nulles les unes que les autres.

 Le principe intangible de la dévolution par primogéniture mâle entraîne en effet les conséquences suivantes :

 a) La couronne n'appartient pas au roi :"il en est le premier serviteur", et ne peut donc en disposer (4) ; si, à la rigueur, il peut abdiquer, il ne peut en aucun cas modifier l'ordre de succession. C'est ce qui assure la véritable indépendance du pouvoir.

 b) La personne du roi s'efface devant ce principe : c'est ce qu'exprimait le comte de Chambord : "ma personne n'est rien, mon principe est tout".

 En outre, on ne concevrait pas que, seule, cette clause du traité d'Utrecht fût appliquée, alors que le port de Dunkerque n'est pas comblé aujourd'hui (les Anglais ne l'ont pas regretté en 1940).

 Enfin, il n'appartient pas à un Français d'invoquer, contre son pays, un traité imposé par l'ennemi victorieux.

 Du reste, un traité étant abrogé par les traités postérieurs, les clauses d'Utrecht sont caduques, puisque les traités de Vienne (1815), notamment, ne les ont pas reprises.

 Le dernier prétendant légitime incontesté, même par les Orléans, c'est-à-dire le comte de Chambord (+1883), petit-fils de Charles X, n'eut aucun doute sur cet ordre de succession, puisqu'il légua les biens de la Couronne (archives, Ordres, etc...) à la branche d'Espagne, transmettant en revanche sa fortune personnelle, selon son affection, à ses neveux Bourbon-Parme.

 Si le comte de Paris est donc le légitime successeur de la couronne de Louis-Philippe, il ne peut, en toute rigueur, revendiquer pour le moment celle de Saint Louis, ni de Louis XIV, ni de Louis XVI, la légitimité capétienne appartenant au duc d'Anjou et, après lui, à son fils Louis-Alphonse, du de Bourbon.

 

 (1) Nous disons bien "tenue pour"... ; car la qualification de bâtardise qui leur est appliquée, résulte du fait que le Roi Louis XI n'a pas admis le mariage de leur auteur.

 (2) Les tribunaux ont toujours débouté les Freeman de leurs prétentions. Les historiens pensent qu'ils se rattachent plutôt à la famille royale de Grande-Bretagne, qui leur fit servir une pension.

 (3) Les princes de Parme restent princes français, malgré leurs prétentions à la couronne d'Espagne. Il s'agit là d'un droit et de principes bien antérieurs aux notions de nationalité contenues dans le Code Civil.

 (4) Cf. la thèse de doctorat du prince Sixte de Bourbon : "Le traité d'Utrecht et les lois fondamentales du Royaume", Paris, E. Champion, 1914 - et celle de Paul Watrin : "La Tradition monarchique", Paris, A. Savaete.

JEAN SKARBEK : LE COMTE DE PARIS ET LE DUC DE BOURBON N'ONT PAS LA MÊME LÉGITIMITÉ

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article