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Les Rois Souterrains

JACQUES Ier, HUSSARD EN RUSSIE PAR JACQUES BERNOT

27 Juin 2015 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #JACQUES Ier

LES PRINCES CACHES POUR LES ROIS SOUTERRAINS - JACQUES BERNOT

LES PRINCES CACHES POUR LES ROIS SOUTERRAINS - JACQUES BERNOT

 Quel meilleur moment qu'aujourd'hui pour évoquer Jacques Ier, né il y a tout juste cent quarante-cinq ans? Le plus haut seigneur d'Europe et le premier de ses gentilshommes, puisqu'il était le chef du nom et des armes de la branche Bourbon-Anjou, c'est ainsi que Georges Maurevert, qui le fréquenta, le qualifiait à juste(s) titre(s) dans un article publié précédemment sur Les Rois Souterrains (hic).

 Ces derniers ont le privilège unique de produire en accord avec son auteur et celui des Editions Lanore (Histoire) quelques lignes de l'excellent ouvrage de Jacques Bernot : Les princes cachés ou l'histoire des prétendants légitimistes (1883-1989), paru l'année dernière. Et réédité il y a peu, signe d'intérêt pour la qualité. Rassurant.

 Princes cachés et rois souterrains, princes souterrains et rois cachés, cela est égal et ne dit qu'une importante chose : l'existence contemporaine, tangible, du plus noble principe.

 En exclusivité voici deux extraits de la partie Hussard en Russie (1896-1909), dans le chapitre 3 : Don Jaime ou l'hédoniste indifférent (1909-1931).

 L'empereur d'Autriche marque, pour lui offrir un engagement dans ses troupes, la même réserve que celle marquée à son père, un quart de siècle plus tôt, pour de hautes raisons diplomatiques. Jaime se tourne alors, avec plus de succès, vers le tsar Nicolas II. Ce dernier est, en effet, heureux de donner un emploi militaire dans ses rangs à un prince français mais rend aussi hommage au duc de Madrid dont il n'oublie pas, la participation, en 1877, à la guerre russo-turque. Après un bref temps à l'état-major à Odessa, le tsar fait d'abord incorporer Jaime comme enseigne au 24e régiment des dragons de Lubny, en garnison à Kichinev. Le jeune prince apprend ainsi à escadronner dans les confins de l'empire russe tout proches, par la géographie et la langue, du récent royaume de Roumanie et passe son temps libre à regarder les jolies filles sous les ombrages de la capitale de la Bessarabie qui n'est, alors, qu'une bourgade où de rares maisons présentent des prétentions architecturales d'inspiration pétersbourgeoise et où la nombreuse mais, le plus souvent, misérable communauté juive vit encore dans la crainte des pogroms.

(...)

 En 1898, Jaime est muté dans la garde impériale russe où il va servir comme officier aux hussards de Grodno, l'un des deux régiments de cavalerie de la garde. Il est d'abord en garnison à Varsovie, en Pologne. Comme il est fier d'arborer sa moustache en crocs, son magnifique uniforme, son dolman vert à brandebourgs bordé de fourrure, sa pelisse suspendue dans le dos et sa culotte bleue galonnée d'argent, sur ses chevaux alzan brûlé! A ses moments perdus, comme en Août 1899, il s'adonne à l'aérostation avec des amis français, parcourant, selon le New York Times, deux cents verstes jusqu'à Vladimir. Il imagine de rallier ainsi Moscou à Tachkent où il envisage, ensuite, de chasser. Comme elles sont loin les petites intrigues de Frohsdorf!

 L'état militaire connait ses servitudes et la première est de se battre. Jaime participe ainsi, en 1900, au corps expéditionnaire envoyé par la Russie en Chine pour réprimer la révolte des Boxers. En fait, il s'agit de dégager le quartier des légations, assiégé à Pékin par les rebelles chinois. Le lecteur ne manquera pas de songer au film Les cinquante-cinq jours de Pékin. Depuis la mi-mai, des émeutes se multiplient en Chine ainsi que des exactions contre les Occidentaux ou les chinois chrétiens qui travaillent dans le secteur des concessions précédemment ouvertes par les empereurs chinois. Un corps de deux mille hommes est initialement envoyé par les puissances occidentales. Mais la situation s'envenime gravement. Le 20 juin, l'ambassadeur d'Allemagne est assassiné et le siège du quartier des légations commence. Le 14 juillet, le ministre chinois des Affaires étrangères demande aux étrangers de quitter le pays. Ce n'est qu'à partir du 5 août qu'une armée occidentale peut être mise sur pied et envoyée pour secourir le quartier des légations. Le même jour, Jaime quitte sa garnison de Varsovie pour Tien-Tsin, via Odessa. Le 14 août, l'armée occidentale prend le contact des Boxers dans Pékin. La répression est terrible. Don Jaime montre sa valeur au cours de cette campagne dont le théâtre est si éloigné des préoccupations du prétendant. Ainsi, "il s'offrit pour aller faire éclater une mine sur la route où devait être ainsi envoyé en avant-garde était considéré comme sacrifié. Le dauphin Jacques (sic), avec un autre officier, il demanda à le commander. Il réussit à faire éclater la mine et sauva ainsi l'armée. Les trois quarts du détachement périrent. Par un hasard providentiel, lui fut sauvé" rapporte Paul Watrin, légitimiste admiratif. Il est aussi signalé à Chi-li, au fort de Peï-Tang, quand une explosion se produit et tue cent soixante soldats russes. Il participe à des combats à la baïonnette et entre dans Pékin à son tour.

 A Paris, le commandement apprend ces faits d'armes et il se trouve un général pour demander la croix de la Légion d'honneur en faveur de don Jaime mais la Troisième République redoute encore les princes : on renonce à cette décoration. En revanche, le tsar lui attribue la croix de Saint-Vladimir. Quant à la Russie, elle s'implante en Mandchourie après la signature d'un accord de paix en octobre 1900. Mais don Jaime n'en a pas fini car il est alors victime d'une sévère attaque de typhus. Il est hospitalisé à Nagasaki au Japon. Là, il fait connaissance d'un ancien officier de marine qui séjourne en Asie, Julien Viaud, que l'on connaît surtout sous son pseudonyme d'écrivain : l'illustre Pierre Loti, de l'Académie française. Ce dernier parlera de lui brièvement dans La troisième jeunesse de Madame Prune.

 Jaime passe par l'Indochine. Là, il va sympathiser avec le gouverneur général, Paul Doumer, qui, au terme de son mandat, après 1902, sera promis à un grand mais tragique avenir républicain. Coursier, ouvrier, Doumer s'est fait seul, passant la baccalauréat et se faisant élire député radical. Entre le prince qui incarne le passé et l'homme du peuple et républicain convaincu, le courant passe à travers le souci partagé du bien du peuple.

Jacques Bernot, Les princes cachés (1883-1989), Editions Lanore (2014)

 Vexilla Galliae a interviewé Jacques Bernot en exclusivité le 24 janvier. A lire hic (et nunc!).

DON JAIME EN COLONEL DES HUSSARDS DE GRODNO PAR HENRI JACQUIER

DON JAIME EN COLONEL DES HUSSARDS DE GRODNO PAR HENRI JACQUIER

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