Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les Rois Souterrains

LOUIS XVI : TRISTE CHRONOLOGIE 1/4 : 26/12/1792 - 14/01/1793

14 Janvier 2015 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #LOUIS XVI

 Louis obtient d'avoir un conseil pour sa défense. Il sollicite Tronchet, avocat au Parlement de Paris et ancien député du Tiers aux Etats généraux. Il accepte avec joie la demande de l'un de ses anciens ministres, Lamoignon de Malesherbes. Agé de 72 ans, ancien directeur de la Librairie, protecteur de Rousseau, porpagandiste de l'Encyclopédie, Malesherbes ne manque pas de courage : "J'ai été appelé, écrit-il au président de la Convention, deux fois au conseil de celui qui fut mon maître dans un temps où cette fonction était ambitionnée de tout le monde. Je lui dois le même service, lorsque c'est une fonction que bien des gens trouvent dangereuse".

 Louis comparaît une seconde fois - et ce doit être la dernière - devant ses juges, entouré de ses avocats. Ces derniers, malgré le peu de temps qui leur a été accordé, ont soigneusement préparé leur dossier. De Sèze, avocat de Bordeaux, a rejoint Tronchet et Malesherbes. C'est lui qui prend la parole et plaide d'entrée non-coupable pour son client. Dans un première partie, purement juridique, il démontre que la personne de Louis est inviolable, de par la Constitution de 1791. Or, celui-ci se trouve en l'occurence, dépossédé de cette inviolabilité et ne jouit même plus des droits du simple citoyen. La Convention estime-t-il ne peut accuser et juger. De Sèze conclut cette partie par cette phrase célèbre : "Citoyens, je vous parlerai avec la franchise d'un homme libre. Je cherche parmi vous des juges et je n'y vois que des accusateurs!".

 Dans une deuxième partie, de Sèze traite des faits imputés à Louis XVI, distinguant ceux qui sont antérieurs à la promulgation de la Constitution de ceux qui lui sont postérieurs. L'avocat entend justifier toutes les actes et décisions du roi. Il met en avant la responsabilité des ministres. Louis ne pouvait être "le garant de leurs erreurs ou des fautes même qu'ils auraient commises". Utilisant parfois des arguments contestables, de Sèze conclut en exaltant les vertus du roi, qui "se montra toujours l'ami constant du peuple (...) Le peuple voulut la liberté ; il la lui donna! Citoyens, je n'achève pas, je m'arrête devant l'histoire : songez qu'elle jugera votre jugement, et que le sien sera celui de siècles".

 Louis XVI, après cette plaidoirie un peu longue et pas très convaincante, prit la parole pour déclarer que sa conscience ne lui reprochait rien et qu'il n'avait jamais voulu verser le sang du peuple. Tandis qu'il rejoint sa prison du Temple, en devisant paisiblement avec ses gardiens, un débat confus et mouvementé s'engage à l'Assemblée sur la suite à donner au procès. On peut entendre un nommé Legendre, boucher de son état, réclamer que l'on dépeçat Louis en 83 morceaux, un pour chaque département!

 Les débats, en fait, reflètent la rivalité grandissante entre les Girondins et les Montagnards, tandis que les députés de la Plaine penchent d'un côté ou de l'autre... Les Girondins, qui ont beaucoup œuvré pour que s'engage le procès, redoutent maintenant les excès de la Montagne et les passions de plus en plus vives de la Commune. Mais ils ne parviennent pas, divisés qu'ils sont, à former un front commun.

LOUIS XVI SERRANT DANS SES BRAS M. DE MALESHERBES, QUI VIENT LE TROUVER DANS SA PRISON ET S'EST GENEREUSEMENT PROPOSE DE LE DEFENDRE

LOUIS XVI SERRANT DANS SES BRAS M. DE MALESHERBES, QUI VIENT LE TROUVER DANS SA PRISON ET S'EST GENEREUSEMENT PROPOSE DE LE DEFENDRE

 Sans doute cherchent-ils à diminuer la toute-puissance de Paris, mais leur position vis-à-vis de Louis XVI demeure quelque peu ambiguë. Certains voudraient que la Convention n'aille pas, malgré ses engagements, jusqu'au terme du procès. Il s'agirait seulement de prendre à l'égard de Louis une mesure de sûreté générale. D'autres préconisent que l'Assemblée juge mais que l'on s'en remette au peuple pour le choix de la peine. D'autres encore demandent que le jugement de la Convention soit soumis, pour ratification, aux assemblées primaires du pays.

 Tous ces arguments visent à retarder l'échéance du jugement. L'on met également en avant, si Louis est condamné à mort par la Convention, le risque de voir l'Europe se soulever contre la Révolution. Si ces positions attentistes sont défendues avec plus ou moins de vigueur par des Girondins et des représentants de la Plaine, les Montagnards voient les choses tout autrement. Ils sont pressés pour la plupart d'en finir avec le procès qui, pour eux, ne peut se conclure que par la condamantion à mort du roi. Une autre décision serait un désavœu et un coup porté à la Révolution. Robespierre condamne tout ce qui peut retarder ou entraver le procès. Dans un long et solide discours, prononcé le 28 décembre, après avoir critiqué sévèrement toutes les propositions avancées par les Girondins, il demande que "la Convention nationale déclare Louis coupable et digne de mort". Vergniaud, pour la Gironde, répondra point par point à Robespierre en défendant l'appel au peuple ; mais il ne sera pas suivi par l'Assemblée.

 Les Français, dans leur ensemble, s'ils sont sévères pour le roi qui les a déçus, ne demandent pas sa condamnation à mort. Les Révolutionnaires, qui veulent des mesures radicales, sont très décidés à éviter tout appel au peuple. Des brochures circulent dans le pays qui défendent le roi, et demandent que le peuple soit consulté, tandis que des royalistes s'emploient avec plus ou moins de succès à acheter le vote de certains députés. Mais en face on s'agite également, surtout à Paris où l'atmosphère est surchauffée et l'hostilité au roi très forte. Les Jacobins s'activent et s'en prennent avec violence à ceux qui parlent de pardon. Alors que le chômage s'étend, que la disette sévit dans la capitale, on redoute de la part du peuple des mesures extrêmes et un retour à la violence. "Républicains, peut-on lire dans un pamphlet anonyme, guillotinez-moi ce Jean-foutre de Louis XVI et cette p... de Marie-Antoinette, d'ici à quatre jours, si vous voulez avoir du pain". Marat dans Le Journal de la République fançaise et Hébert dans sa feuille extrêmiste, Le Père Duchesne, ne cessent d'attaquer les Girondains et surtout le roi, littéralement traîné dans la boue. On peut lire dans Le Père Duchesne, des qualificatifs de ce genre : "l'ivrogne Capet", "Capet le cocu", "le cochon du Temple", "Louis le Templier qui étouffe à force de manger du fromage"... La reine est également présentée de façon ignoble.

Philippe Boitel

 

 Cet extrait de l'article "Le procès du roi : une exécution voulue" écrit par Philippe Boitel a paru dans le dossier "août 1792 - janvier 1793 : La Révolution devient sanglante" du mensuel "Notre Histoire - La mémoire religieuse de l'humanité" n°97 (février 1993).

 La partie 2/4 sera publiée demain 15 janvier 2015.

NOTRE HISTOIRE, LA MEMOIRE RELIGIEUSE DE L'HUMANITE - NUMERO 97 - FEVRIER 1993

NOTRE HISTOIRE, LA MEMOIRE RELIGIEUSE DE L'HUMANITE - NUMERO 97 - FEVRIER 1993

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article