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Les Rois Souterrains

HENRI V : RIEUR, TRIVIAL, EXPANSIF ET ULTRA-SOCIABLE

24 Août 2014 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #HENRI V, #ALPHONSE Ier, #CHARLES X

 Pas franchement tendre avec la comtesse de Chambord, ni avec la branche légitime d'Anjou, et encore moins avec les cadets d'Orléans (avec eux c'est toujours justifié!) le mystérieux S.B.C.1 signe  ce "Pourquoi le comte de Chambord n'a pas régné" paru dans "Aux Carrefous de l'Histoire" n°27 de décembre 1959 et janvier 1960.

 Il m'a paru néanmoins utile de le retaper sur ce blog car, au-delà du portrait d'un sympathique Henri V, rappelé à Dieu il y a 131 ans jour pour jour, on y lit certaines anecdotes et autres échanges verbaux qui ont leur intérêt, aussi peu vérifiables soient-ils, face à l'Histoire de France et celle de nos rois souterrains, que la Lumière éclairera à nouveau, bientôt.

1 Albert de Badts de Cugnac publia en 1889 un petit ouvrage (16 pages) intitulé "Pourquoi Monsieur le comte de Chambord n'a pas régné sur la France". Un proche parent duquel notre S.B.C. aurait rendu hommage en choisissant le titre de son article?

 

 En 1873, le comte de Chambord, qui claudiquait, espérait la démission du maréchal de Mac Mahon, qui lui laisserait la place libre. Le maréchal refusa de rencontrer le prince et lui fit dire : "J'y suis, j'y reste" comme lorsqu'on luit envoyait l'ordre de se replier des positions de la Tour de Malakoff qu'il venait d'occuper de haute lutte.

 A un général de ses amis, lui parlant d'une restauration possible, il répondait : "C'est simple : les chassepots partiraient tout seuls!".

 Etait-ce vraiment si sûr que cela? Il y avait alors au Parlement une majorité monarchique et tout porte à croire que le pays aurait accepté la restauration.

 Ce sont donc les royalistes qui n'ont pas pu ou su la faire?

 Couleur de drapeau? Figures de style constitutionnel? Echec de la fusion? Essayons d'y voir clair.

 L'attendant depuis vingt-quatre mois à Frohsdorf, le comte de Chambord y avait reçu l'accolade du petit-fils de Philippe-Egalité le régicide et lui avait dit : "Voilà une bonne action. Le Bon Dieu vous en tiendra compte".

 Ce n'était nullement ce que les Orléans attendaient.

 L'opération projetée par eux était leur adhésion à la cause du comte de Chambord contre la promesse de sa succession. Il s'agissait d'escamoter les droits indéniables. On se demande d'ailleurs comment le comte de Paris se serait laisser duper de la sorte ou se serait illusionné à ce point sur un esprit aussi mystique, aussi traditionnaliste que celui du dernier descendant direct - rameau français - d'Henri IV et de Louis XIV.

 On pensait généralement, et nous étions nombreux à le croire encore en 1924, qu'après l'échec de la restauration de 1873 (sous prétexte de drapeau blanc), le comte de Chambord avait renoncé, à regret, muré dans ses principes.

 Il n'en était rien, paraît-il.

 Disons d'abord que l'affaire du drapeau tricolore ne fut qu'une vaine excuse. Le drapeau tricolore n'a pas seulement été celui de Louis XVI, mais encore celui d'Henri IV. Le drapeau tricolore, c'est le drapeau blanc des rois de France entre les couleurs azur et vermillon de la ville de ce bon vieux Paris qui valait bien une messe. Le roi arbora les trois couleurs en une sorte d'énorme cocarde improvisée en entrant à Paris, de même que les habitants de la ville. Le drapeau tricolore existait donc au moins par un précédent illustre. (Comte du Bourg de Luzençon, Toulouse 1875.) (1)

 La vérité est que, quelques mois avant son décès, le comte de Chambord préparait sa proche rentrée en France. (Marquis de Monti de Rézé, puis Charles Maurras, "Action française", janvier 1924.) "La légende, qui fait du comte de Chambord un roi qui refusa la couronne, est une légende trop agréable aux républicains. Mais croyant le louer, ils le diminuent."

 La vérité est que le comte de Chambord a eu pleine conscience de son devoir royal et n'a rien négligé pour le rempli" déclare - in fine - le marquis de Dreux-Brézé qui fut, en quelque sorte, l'ambassadeur du roi de France dans son propre royaume.

 En réalité, personne n'a "désencadré" le dernier rejeton d ela branche aînée, sauf peut-être les champions extrêmistes de sa doctrine : "Le roi ne pouvait être le roi de la révolution." Son grand-oncle Louis XVI, en toute liberté, et sous la foi du serment, avait accepté la constitution et déclaré qu'il était le premier à souhaiter son application loyale. Son autre grand-oncle et son grand-père qui avaient régné  (Louis XVIII et Charles X) furent des rois constitutionnels. Trois règnes avaient changé la monarchie et Henri V ne pouvait que la prendre telle qu'ils la lui avaient transmise.

 Henri V fut un prétendant comme les autres. "Il n'a pas régnéparce qu'il n'a pas pu!" Nous voulons bien. "L'occasion favorable ne s'est pas présentée?" Nous persistons à croire qu'en 1873, l'omelette était cuite et qu'il n'y avait qu'à la manger.

 Qui donc avait alors sauvé la République? Le maréchal de Mac Mahon? La France l'avait mis en place pour la défendre. Il avait donné sa parole. Il ne la trahirait pas.

 Alors, la bourgeoisie ou ce qui restait de l'aristocratie?

 Probablement les orléanistes qui étaient nombreux, car les Bonapartistes n'étaient pas en état. Quant aux républicains, ils formaient à peine un carteron submergé.

 Il est à peu près certain, son attitude le prouva lors de la journée des dupes de Frohsdorf, celle de la fusion manquée, qu'Henri V ne voulait pas des Orléans et que la branche aînée d'Espagne eût été accueillie par un départ spontané des chassepots.

 Réinstallé sur le trône de France, sans descendance directe, le comte de Chambord savait qu'il n'y en aurait pour longtemps et que le carlisme n'était pas viable chez nous. Un détail que l'on escamote généralement : le prétendant légitime avait tout prévu du protocole de son convoi funèbre. Les Orléans y étaient prévus, mais à leur place. Or, en débarquant, ils émirent la prétention de conduire le deuil. On s'y opposa et, sans plus insister, ils réintégrèrent leurs pénates.

 Le comte de Chambord était un brave homme qui riait facilement et par nature. Il avait pour principe de rcevoir volontiers ceux qui lui demandaient audience et de les mettre de bonne humeur par sa conversation simple et cordiale. Il était l'opposé d'un intellectuel. Sa mission était de représenter la monarchie, la religion et la tradition qui, étant pensées et repensées depuis des siècles, le dispensaient de penser autrment qu'en dormant. Il aimait la bonne chère et le bon vin et,  probablmement par devoir, il aimait sa femme. S'il est difficile de faire plaisir à tout le monde et à son père, il est impossible de contenter un peuple et son épouse.

 Madame la comtesse de Chambord évoquait, dans sa stérilité et la pénombre  de ses songes, un deuil maussade et perpétuel. Elle n'avait aucun esprit de sociabilité et une haine tenace de la France et des Français. Elle était la fille de ce sombre duc de Modène, le seul chef d'Etat d'Europe qui refusa de reconnaître Louis-Philippe et Napoléon III en qualité de Roi et d'Empereur des Français. Elle passait sa vie confite en d'atroces dévotions sauf à table. Ni à déjeuner, ni à dîner, y paraissant toujours, à sa place et avec hauteur, elle n'adressait la parole à personne.

 Soir et matin, elle demandait à Dieu, non de rétablir son mari sur le trône de France, mais de mettre Henri V en mesure de châtier la France et son peuple, des crimes de la Révolution, de l'Empire et de l'Usurpateur.

 C'était elle qui entretenait, ou attisait dans le cœur de son royal époux, la haine de la maison d'Orléans. Je n'invente rien, bien entendu. Nous avons les témoignages les plus précis, ceux des gentilshommes qui, tous les mois, se relayaient à leurs fraîs, pour assurer le service et la garde d'honneur du roi à Frohsdorf.

 Les mœurs de Frohsdorf étaient simples. le dessert absorbé, la "Reine" regardait fixement le roi. Dès qu'il s'en apercevait, le roi inclinait affirmativement la tête et disait : "Faites, Madame, faites..." La reine se levait, suivie de la femme qui auprès d'elle était de service, de noir vêtue comme elle et sans un bijou. Elle se retirait à pas feutrés.

 On servait le café sur une nappe ainsi que des cigares et de l'eau-de-vie et, entre hommes, l'on causait, enfin, librement.C'était, pour le comte de Chambord, les meilleurs moments de la journée. On buvait en bavardant (2).

 Et pendant que ces hommes heureux et simples, débarrassés des soucis de l'interpellation, bavardaient en gaîté, la reine s'entretenait avec un ecclésiastique italien, ou autrichien, pour savoir ce qu'il fallait faire, en cas d'une restauration éventuelle, auprès du Saint-Père, pour obtenir un retour en France de l'Inquisition, adoucie il est vrai, puisque Rome l'exige, mais telle qu'elle subsisitait vers 1825 dans l'Etat de son auguste Père...

 Je viens de parler d'interpellation. Rien de parlementaire. Nul ne peut s'adresser à un souverain ou à une souveraine, ni surtout les questionner. Il faut attendre que sa Majesté, voire son Altesse, ait parlé pour lui répondre. Quant à poser une question, ce serait le scandale.

 Pour que ce privilège d'initiative cesse, il faut que sa Majesté ou son Altesse en suspende l'effet. La comtesse de Chambord disparue, le comte, qui était obèse, déboutonnait son gilet et, dans l'exclamation d'un homme bien gavé et bien nourri, déclarait ; "Messieurs, parlons librment." En un mot, il avait l'air aussi heureux d'être débarrassé de la présence de son aimable épouse que de pouvoir devenir le bon garçon rieur et volontiers trivial, expansif, ultra-sociable qu'il était en réalité (3).

 Il a paru, vers 1876, une série de témoignages de ses amis : le comte de Chevigné, le comte de Champeaux, M. de Villèle, le prince Alexandre de Bauffremont, le comte de Monti de Rézé, etc., etc., qui nous permettent d'écrire ce que nous venons d'écrire.

 Quant aux velléités inquisitrices de la reine, je tiens le trait de Don Jaime en personne. Le Pape, sollicité d'expédier en France une équipe de Dominicains et des instruments de torture adoucie, eût été plus que perplexe, non à cause de l'entreprise impossible, mais sur la durée de la monarchie restaurée! Ce fait ne prouve ni pour le cœur, ni pour l'intelligence de la comtesse de Chambord.

 Teste (Louis, bien entendu), le théoricien du pouvoir royal en France et du droit successoral français, écrivait, il y a cinquante ans, dans son Anatomie de la République : "Aucune dynastie ne monopolise le principe monarchique lequel est dans un système et non dans une famille, à telle enseigne qu'il n'est pas sur le globe une monarchie qui n'ait plusieurs fois changé de dynastie, que cette république a vu l'Espagne, l'Italie, la Serbie, la Bulgarie, la Norvège en changer et qu'en France même la dynastie d'Orléans, à présent légitime, s'est établie en1830 contre la dynastie alors légitime."

 Vérité des faits historiques. Mais encore faut-il incarner l'opposition, les espérances et, au besoin, les succès d'une personnalité, et le duc d'Orléans, si effacé, si hautain, si éteint et si peu populaire, disparu, quel est l'homme du parti royaliste?

 Vive le Roi! Une exclamation creuse dès qu'il n'y a personne. D'ailleurs, les lignes que nous citons de M. Louis Teste ne touchent au droit successoral et une dynastie qui succède à une autre en dehors des règles du droit successoral est une dynastie révolutionnaire. Alphonse XIII, en Espagne, roi de la monarchie libérale et parlementaire, adversaire politique du haut clergé qui voulait lui soustraire une partie du contrôle du pouvoir politique, était, par dérogation au principe salique, exactement ce que fut chez nous Louis-Philippe par dérogation au principe de l'héritier primogène.

 Le roi est mort! Vive le Roi! Vive qui?... Vous chercherez en vain.

 Citons un autre texte, une lettre du Père Bole, aumônier de Frohsdorf, à un militant monarchiste anti-orléaniste, Robinet de Cléry. Elle a paru dans le Soleil (1912) et elle donne, à l'évidence, l'opinion stricte du comte de Chambord : "La loi salique posait que la couronne est héréditaire de mâle en mâle, suivant l'ordre de primogéniture et de proximité. Or, d'après cette loi, il y a plus de cinquante-huit princes de Bourbon de la branche aînée qui passent avant les Orléans." (4)

 Cette lettre dont nous ne citons que quelques lignes et qui apportait à M. Robinet de Cléry l'opinion même du comte de Chambord, prince pieux qui s'ouvrait d'abord à son confesseur, est de 1883.

 Depuis, ces cinquante-huit Bourbons ont-ils crû et multiplié? Se sont-ils raréfiés?

 Il y avait, parmi eux, des Espagnols, les plus proches, qui, selon le testament de Louis XIV, faisant la loi, se retrouvent authentiquement français du fait qu'ils sont désignés par la loi salique pour accéder au trône. (Ce testament, Aux Carrefours de l'Histoire en a publié les lignes essentielles et il ne fait pas de doute que le comte de Chambord eût tenu pour intolérable la moindre modification qui en altérât la portée, par exemple, le contrat de fusion qui n'a jamais été signé et surtout la renonciation d'Utrecht obtenue par la diplomatie anglaise le couteau sur la gorge et les pires menaces de violence. Le Pape n'en a-t-il pas proclamé la nullité?)

 Le comte de Chambord, dont l'esprit était purement traditionnel, voyait les choses comme il devait les voir selon la règle monarchique. Nul doute - et son testament le prouve - que ses préférences étaient celles du droit successoral : les princes désignés de la Maison d'Espagne-Bourbon, puis Bourbon-Parme.

 Ceci était la part de Dieu. Il se devait de la faire puisqu'il croyait que sa naissance faisiat de lui l'intermédiaire du Ciel pour gouverner les Français.

 Mais, en toutes choses, il faut que le diable ait sa part. Le diable c'était nécessairement les Orléans.

 Justice ou injustice, mais fatalité des événements, l'accession d'u prince carliste et espagnol, c'est-à-dire absolutiste, clérical, étranger, malgré sa légitimité, c'était, par pur reflexe, le feu des chassepots.

 D'ou ce testament plein de bon sens, qui laissait Chambord à Elie de Bourbon-Parme et Frouhdorf (orthographe autrichienne), au prince Xavier de Bourbon, avec charge d'en nantir don Carlos II qui légua le château à don Jaime... Ce "dépotoir" des Bourbons avait servi de demeure à la reine de Naples, veuve de Murat, et c'est elle qui le vendit à Charles X.

 Il y a mieux. Don Carlos II tint du comte de Chambord le collier du Saint-Esprit (Grand Maître). Don Carlos II le laissa à don Jaime, qui en septembre 1939, me pria de l'accompagner à Fontainebleau, ou, plus exactement de l'assister. Don Jaime était porteur d'une cassette de la taille d'une caisse de cent cigares Henri Clay, Roméo et Juliette. Nous fûmes reçus par la famille royale, assistée, si j'ai bonne mémoire, du marquis de Torres Mendosa. Séparément M. le comte d'Andigné rejoignit don Jaime. Et, dans le salon du rez-de-chaussée de l'hôtel Savoy, don Jaime remit, le sourire aux lèvres, la caisse à cigares de cuir, imprimé de fleur de lys, Alphonse XIII. Alphonse XIII ouvrit la caissette. Sur le couvercle, une croix latine et une colombe d'or. Don Jaime, sur le ton ironique, lui dit : "Alfonso, je te remets cette relique, c'est l'insigne de grand maître du Saint-Esprit que mon père tenait du comte de Chambord, Henri V, qui la tenait lui-même de Charles X, qui la tenait de Louis XVIII, qui la tenait de Louis XVI. Louis XV l'avait portée. Je remets en tes mains cet insigne de la monarchie de France et de Navarre." Ici suivirnet des propos humoristiques, en castillan. Je n'en compris rien. Mais don Jaime, au retour, m'a vaguement traduit ce qui'il avait exprimé : "Dans une débâcle, au fon d'une catastrophe, il y a toujours un débris qui peut servir. Prends cette grande maîtrise. Je te l'abandonne. Elle pourrait t'être utile."

 M. d'Andigné c'était tout de vraie noblesse et de solennité. Je me permis de lui dire : "En somme, don Jaime vient d'abdiquer la première prérogative royale du bénéfice de sa Majesté."

 Réponse : "Ce fut, à l'évidence, l'intention de son Altesse Royale. Le geste fut, à part cela, symbolique, car seule le roi de France sacré et couronné et oint peut abdiquer la grande maîtrise de l'ordre créé par Henri III et approuvé par le Souverain Pontife." (5)

 Il n'en ressort pas moins que don Jaime, petit-fils direct de Louis XIV, reconnu comme tel par Henri V, a lui-même reconnu les droits de l'ex-maison régnante d'Espagne et les a consacrés.

 Le comte de Chambord, sachant son temps limité, contrairement à son épouse, aiamit assez sa patrie pour lui épargner une guerre civile, alors que les ruines de la guerre franco-allemande fumaient encore, et celles de la Commune...et que les Orléans réclamaient à la république les trois cent millions confisqués par Napoléon III : le premeir vol de l'Aigle.

 Il savait qu'une expérience doit être complète pour être instructive et il ne se doutait point des résultats de la sienne, dès que s'ouvrait sa succession.

 Le Roi est mort, vive le Roi! D'accord, à la condition que l'héritier soit viable.

 Les carlistes ont aussi bien compris que leur oncle, que Dieu et le droit seraient pour eux, mais que la volonté du peuple français serait contre. Et ils se sont abstenus.

 De même, les princes de Parme se sont contentés de se marier en France, d'y vivre bourgeoisement, de se montrer les amis de tous, à commencer par les Orléans.

 La porte étant fermée par l'abstention des carlistes aussi raisonnablement et légitimement qu'ils pouvaient l'ouvrir.

 Restaient les Orléans. Mais eux ne pouvaient l'ouvrir. Ils avaient à l'enfoncer. Ils ont la sagesse de ne pas même tenter l'opération. Ils attendent bouregeoisement, eux aussi, que l'on enfonce la porte pour eux, mais personne n'y songe.

 Chacun conserve au fond de l'esprit cette idée fière, douloureuse et terrbible, que la monarchie, en France, a fait assez de fautes pour périr.

 Ne parlons ni de l'Empire, ni de la république.

 Resterait à savoir pourquoi don Jaime, théoriquement dernier roi de France et de Navarre, se fit "assister" et par surprise, par un obscur garçon qui, il est vrai, se trouvait connu d'Alphonse XIII et même honoré de sa sympathie... Mes lecteurs curieux en trouveront l'explication dans un prochain petit ouvrage auquel je mets à présent la dernière main : "J'ai vu mourir la monarchie légitime."

S.B.C.

SOURCES ET NOTES :

  (1) On sait que pendant le siège de Paris, Henri IV devint l'amant de l'abbesse de Montmartre (Madaine de Montmenrency) et qu'elle transforma son abbaye en un voluptueux endroit de plaisir pour Henri IV, ses amis et ses filles abbesses jeunes et jolies. C'est le début de la réputation folâtre de Montmartre. L'une de ces filles abbesses, Claude de l'Esprelles, ayant appris, que le lendemain, le roi, converti, ou promis à conversion, ferait sa joyeuse entrée dans Paris, passa une nuit à coudre une sorte de bannière énouée (mettons une énorme cocarde) où se mêlaient les couleurs rouges et bleues de Paris, au blanc des bannières royales. C'est ce qui aurait fait dire à Louis XVI, reçu à l'Hôtel de Ville, pavoisé auc couleurs de Paris : "Le roi de Français est accueilli en cet hôtel de ville comme le fit Henri IV, son aïeul, et il y est sensible, croyez-le."

  (2) Le comte du Bourg de Luzançon racontait que le jeune comte de Champeaux, après une de ces causeries animées, prit le verre, naturellement vide, du comte de Chambord et lui demanda s'il pouvait conserver le verre où avait bu "le roi". Celui-ci lui dit : "De tout cœur je vous l'offre, mais il me faut l'accord de ma femme. Ces verres sont de son cabaret. Je lui demanderai le vôtre." Au moment du départ, la reine aurait fait remettre à M. de Champeaux un verre dépareillé et ébreché.

  (3) "Je le laisse bien boire et bien manger, ceci le fait chaste et, de la sorte, assure un salut", confiait la comtesse de Chambord à Monsignore Alfibiglieri, l'un de ses confidents. Que faisait-elle de sa laideur?

  (4) Don Jaime, qui se refusait "même de penser" à la couronne de France ou à la couronne d'Espagne, me confiait que, de ces cinquante-huit princes, seulement sept ou huit paraient le français et dix ou douze seulement avaient vécu en France, séjournant occasionnellement chez leur tante, S.M. le reine de Naples, réfugiée à Neuilly-sur-Seine (1908).

  (5) Ceci touche à l'origine "divine du Saint-Esprit". Le Sacre des rois de droit divin est d'origine juive. (Salomon.) C'est la cérémonie qui confère la puissance sacerdotale, ou une sorte d'équivalent, aux rois élus de Dieu. Le Saint-Esprit, on le sait, n'est qu'un ordre de chevalerie créé "par bon plaisir" du roi Henri III.

AUX CARREFOURS DE L'HISTOIRE N°27 - DECEMBRE 1959-JANVIER 1960

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POURQUOI LE COMTE DE CHAMBORD N'A PAS REGNE par S.B.C.

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