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Les Rois Souterrains

LA DUCHESSE D'UZES OU LE LEGITIMISME DE CIRCONSTANCE(S)...

8 Février 2014 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #HENRI V, #CHARLES X

Au-delà de la grande modestie justement dosée parmi ses "Souvenirs" qui n' évoquent que trop peu ses exploits cynégétiques craints par tous les cervidés de France et de Navarre, sa renommée mondiale d'amazone, ses talents d' écrivain et de sculpteur, ses services aux cancéreux et autres nécessiteux, ou encore les bonnes oeuvres dont elle fut l'initiatrice, la duchesse d'Uzès, dont la vie personnelle fut par ailleurs et par malheur là où sévissaient les guerres, est typique de ces officiellement autoproclamés "légitimistes" à cheval sur les XIXe et XXe siècle qui ne surent jamais avec exactitude à quel prince se vouer, pour finalement s'échouer sur les bancs de l'imposture.

J'ai choisi quatre passages qui reflètent à s'en aveugler les nombreuses contradictions du parcours royaliste de la duchesse d'Uzès, née Anne de Rochechouart de Mortemart, et je laisse de côté son boulangisme, tout aussi hasardeux...

Le dernier est un témoignage circonstancié de "remises" - aussi déplacées que clownesques - de colliers des ordres du roi par le duc d'Orléans à la duchesse mais aussi à un zouave (pontifical).

Ces extraits sont lisibles dans les "Souvenirs" de la duchesse d'Uzès (1847 - 1933), dont la première édition date de 1939 (Plon). Mon exemplaire a paru aux Editions Lacurne (collection "En d'autres temps") en 2011. Exemplaire auquel il manque la préface originale de son petit-fils...

page 11 :

"J'avais été élevée dans la solitude, aussi fus-je surprise de recevoir quelques invitations, avant même d'avoir fait ce qu'on appelle "les visites de noces".

Une, entre autres, à laquelle j'étais loin de m'attendre, me fit un jour sursauter : l'ambassadeur d'Autriche et la princesse de Metternich nous invitaient à un bal, pour rencontrer Leurs Majestés l'empereur et l'impératrice des Français.

En jouant aux Tuileries avec des petites filles de mon âge, j'avais jadis vu Camille et Madeleine de Malaret saluer un jour leur mère qui était dans la daumont de l'impératrice, et j'avais trouvé cela bien beau. En rentrant je dis la rencontre à mon père, et j'ajoutai :

- Pourquoi donc maman ne va-t-elle pas se promener aussi avec l'impératrice?

- Ah! non, par exemple!

- Comme tu dis cela, papa!

- C'est que je ne suis pas impérialiste.

- Ah! Qu'est-ce que cela, impérialiste?

- Cela veut dire que je ne suis pas partisan de ce régime, et que je n'aime pas l'empereur.

- Il est donc méchant? fis-je, avec inquiétude.

- Méchant, oui et non. La France est un royaume et non un empire ; alors, il devrait y avoir un roi, le fils succédant au père, et ainsi de suite. Mais, par suite de disputes, on a renvoyé hors de France celui qui devrait être notre roi.

- Alors, l'empereur a volé le trône du vrai roi?

- Pas tout à fait ; celui qui a pris le royaume au vrai roi est un de ses cousins ; il faut être contre celui-là.

- Alors, papa, si je comprends, tu es pour celui qui est dans son droit de réclamer la couronne, le roi légitime.

- Oui, dit mon père. Tu as parfaitement compris, cela s'appelle être légitimiste.

- Très bien! Je suis légitimiste.

A quelques temps de là, une de mes petites amies des Tuileries arriva toute fière, racontant que sa mère avait été au bal de la veille, à la cour, et qu'elle avait dansé avec l'empereur! Je fus choquée, et lui dis :

- On ne se vante pas de ces choses-là.

Les autres me regardaient.

- Mais, ça devait être très amusant, reprirent quelques-unes.

- C'est possible : moi, je ne le ferais pas.

- Et pourquoi donc? reprirent-elles en choeur.

- Parce que je suis légitimiste.

Il y eut un silence assez court, et les jeux reprirent de plus belle.

Celle de mes petites amies des Tuileries dont la mère avait dansé avec l'empereur, était Diane de Brou, devenue marquise de Saint-Paul. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que la marquise de Brou fût du monde impérialiste, car son père était M. Sapey, sénateur de l'Empire. A la vérité, ses convictions politiques étaient dictées surtout par son désir de s'amuser, et un bal aux Tuileries était une réjouissance assez attrayante pour tenter une femme élégante. Je crois aussi que la marquise de Brou, malheureuse en ménage, cherchait à s'étourdir. J'ai entretenu avec elle les meilleurs rapports. Elle avait un esprit assez mordant. Sa fille Diane, marquise de Saint-Paul, qui lui ressemblait sous ce rapport, est toujours restée mon ami.

Je restais donc perplexe devant cette invitation alléchante à assister à un bal Pour rencontrer Leurs Majestés l'empereur et l'impératrice!

Mon mari étant sorti, j'attendis son retour avec impatience. Quand il ouvrit la porte, me voyant cette carte en main, il me dit :

- Qu'est-ce que vous regardez donc avec tant d'attention?

Je lui montrai l'invitation ; il rit, et me dit :

- Nous irons, si cela vous amuse.

- Oui, cela m'amuserait, seulement... nous ne sommes pas impérialistes.

- Je sais, mais dans une ambassade, on est en pays étranger.

- Alors?

- Alors, si cela ne contrarie pas mon père, nous irons!

Je pouvais donc aller à cette fête et rester légitimiste.

Je n'avais plus qu'une idée : obtenir l'assentiment de mon beau-père. Le soir-même, nous dînions chez lui. J'emportai ma fameuse invitation et, lorsque je la lui montrai, mon beau-père me la rendit en me disant avec un sourire :

"Allez-y donc, mes enfants ; une ambassade, c'est en pays étranger, donc, terrain neutre. Ce sera très beau, allez-y, n'hésitez pas."

J'y allai. L'empereur ne me plut pas, mais je vis de près l'impératrice. Elle portait le Régent sur son front, nimbés de cheveux blonds.

Je m'étais bien amusée, et j'étais restée légitimiste."

page 17 :

"Notre séjour tirait à sa fin, et je m'étais promis de ne pas revenir en France sans avoir salué "le roi légitime". Or, à Frohsdorff, résidence du comte et de la comtesse de Chambord, se trouvait une de mes cousines, Mme de Cazenove, avec son mari. En 1870, M. de Cazenove et son beau-frère, Jacques de Bouillé, engagés dans les zouaves de Charette, avaient été rejoints par le comte Fernand de Bouillé, père de Jacques, qui tenait à se battre aux côtés de son fils et de son gendre. A Patay, leur bataillon, cerné par les Allemands, fut décimé. Pour demander l'appui ami, le Général de Charette avait donné l'ordre de maintenir, aussi haut que possible, le drapeau des zouaves. Fernand de Bouillé, qui le tenait, est tué ; son fils saisit la hampe, une balle lui fracasse le bras droit ; de sa main gauche, il l'élève lorsqu'une balle en plein front l'abat ; alors, Cazenove prend l'emblême, et malgré un poignet brisé, le tient ferme, de sa main valide, jusqu'à l'arrivée des secours français.

J'avais écrit à Mme de Cazenove pour lui demander si nous pourrions aller à Frohsdorff. La réponse arriva la veille de notre départ. On nous attendait deux jours après. Je montrai la lettre à mon mari : il me répondit par un : "Ah!" qui me troubla.

- Vous n'êtes pas content d'aller à Frohsdorff? hasardai-je.

- Si, me répondit-il, mais il faudrait savoir si cela plaira à mon père.

- Oh! fis-je, votre père est, je pense, légitimiste.

- Comment dites-vous?

- Est-ce que mon beau-père ne serait pas légitimiste?

Il se mit à rire de mon insistance et m'avoua :

- C'est que mon père est en froid avec la duchesse de Berry.

- Eh bien! qu'est-ce que cela fait?

- Cela fait qu'elle est à Frohsdorff et que je craîns qu'il ne se fâche.

- Je lui écrirai et je vous promets qu'il sera content ; seulement, si sa réponse n'arrive pas à temps, nous irons tout de même?

- Oui.

Je n'en demandai pas davantage. Il fallut attendre un peu à Vienne, puis enfin, à heure dite, nous descendîmes du train dans la petite gare qui menait à la résidence royale. Une victoria nous attendait, et la livrée bleue fleurdelisée me fit un singulier effet.

Le château de Frohsdorff est un grand bâtiment carré, encadrant une immense cour. Il me parut lugubre. La voiture nous arrêta sous une voûte, et l'on nous introduisit dans nos appartements.

J'espérais toujours voir arriver ma cousine Cazenove, mais au lieu de son jeune visage, j'aperçus celui de la dame d'honneur de service, une chanoinesse aimable, mais vénérable, la comtesse de Montaigu.

Elle m'indiqua la toilette que je devais mettre et les révérences que j'aurais à faire. N'ayant jamais entendu parler d'étiquette, j'étais bien en peine de ne pas paraître ridicule, et je commençai presque à regretter d'être venue.

Elle m'apprit que j'étais dans l'appartement de la duchesse de Berry, obligée de s'absenter, ce qui m'apporta un soulagement et un regret : soulagement à cause de mon beau-père, et regret parce qu'il m'aurait plu de la connaître. Elle était une princesse de Naples et avait épousé le fils de Charles X, Charles-Ferdinand de Bourbon, duc de Berry, assassiné en 1820. Peu de temps après, elle mettait au monde un fils, le duc de Bordeaux, qui prit ensuite le titre de comte de Chambord.

L'heure de la présentation arriva. Nous suivîmes silencieusement la dame d'honneur qui nous introduisit dans un salon moyen, après nous en avoir fait traverser plusieurs autres ; là, elle nous laissa seuls. La porte opposée à celle par laquelle nous étions entrés s'ouvrit, et nous vîmes arriver deux personnages bien différents. Monseigneur, de taille moyenne, dissimulant mal sa boiterie, mais d'une majesté royale ; Madame, grande, laide, à croire que la laideur avait été inventée pour elle, mais cherchant à être aimable. Mes révérences manquées attirèrent sa bienveillance, car elle me tendit la main en me faisant asseoir près d'elle.

Elle était sourde et n'entendit aucune de mes paroles. Le comte de Chambord reprenait l'entretien et l'aidait à répondre. La conversation fut banale, et je n'en ai gardé aucun souvenir. On vint annoncer le dîner ; aussitôt, cinq jeunes enfants, surgis je ne sais d'où, après avoir embrassé Monseigneur et Madame, se mirent à leur suite et passèrent devant mon mari et moi pour se rendre à table, ce qui me surprit un peu.

Mme de Montaigu me dit : "Ce sont les enfants de la duchesse de Parme. Ces cinq orphelins sont élevés par leur oncle."

A table, le "roi" était au milieu. A sa droite, la "reine", moi ensuite. Les cinq princes de Parme à sa gauche, puis mon mari, car la place en face n'était pas considérée comme place d'honneur. Quelques habitués seulement en plus de Mme de Montaigu, M. de Blacas et de mes cousins Cazenove.

Le dîner fut servi avec une rapidité effrayante. Ensuite, on alla dans le salon quelques instants, car à neuf heures, les princes se retiraient. Le comte de Chambord pria les hommes de venir causer avec lui au fumoir ; je ne sais ce qu'il y fut dit, mais mon mari en revint sous son charme.

Quant aux dames, elles furent retenues un peu plus longtemps par Madame. Elle portait un collier de perles splendides ; comme je l'admirais, elle le détacha de son cou et me le remit. Ce collier, qui avait cinq rangs - chaque perle grosse comme une noisette - venait de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche. Il était primitivement composé de dix rangs, mais l'impératrice en avait donné cinq à sa fille Marie-Antoinette, et les cinq autres étaient restés à la couronne d'Autriche. C'étaient les cinq rangs portés par la reine Marie-Antoinette qu'elle m'avait si simplement mis dans les mains.

Le lendemain, le comte de Chambord partit le matin pour une partie de chasse. Il avait grand air à cheval. Madame n'y prenant pas part, nous avons déjeuné avec elle, puis nous avons pris congé et sommes revenus en France.

Lors de la mort du comte de Chambord, seize ans plus tard, je trouvai intéressant pour mon fils aîné Jacques, âgé de quatorze ans, de l'emmener avec moi aux obsèques, afin de lui laisser un souvenir de l'ancienne France.

J'arrivai là-bas en même temps que les princes d'Orléans, mais personne ne pouvait loger au château, encombré de parents proches du défunt et de son épouse. Nous fûmes coucher à Trieste, les obsèques ayant lieu à Goritz.

Le comte de Paris était descendu au même hôtel que moi ; j'allai prendre ses instructions. Quel fut mon étonnement de l'entendre dire : "Mais, madame, je ne suis pas sûr d'assister au service funèbre du comte de Chambord. Mme la comtesse de Chambord veut que les neuveux de son mari - les enfants de sa soeur, la duchesse de Parme - passent avant moi à Goritz. J'ai accepté que son désir fût accompli à Frohsdorff dans la famille, mais à ces funérailles officielles, étant l'héritier direct de tous les droits du comte de Chambord qui m'a accepté et désigné comme tel, je ne puis admettre de passer à la suite."

Je trouvai ce raisonnement juste et lui affirmai que je ne paraîtrais pas non plus. Mais j'étais attendue par une dame de Goritz chez qui je devais loger. Le lendemain, je partis donc avec le désir de voir sans être vue. Je laissai mon fils se mêler au public, car à son âge, on ne pouvait guère chercher en lui le duc d'Uzès. Quant à moi, je demandai à mon hôtesse la permission de l'accompagner dans l'emplacement réservé à l'église aux dames de Goritz. Dès la fin de la cérémonie, je sortis pour voir le lugubre défilé qui sembla long à venir. Enfin, le cortège douloureux arriva, et je vis, tout près du cercueil, les princes de Parme, puis quelques Français et Françaises venus pour assister à la cérémonie. Nous avions attendu ainsi une heure. J'eus l'explication de ce retard par la duchesse de Chevreuse, qui avait participé au défilé. L'ayant rencontré à mon retour, elle me demanda pourquoi je n'étais pas venue suivre le roi de l'église à sa dernière demeure ; on m'avait cherchée partout, sachant que j'étais à Goritz et, comme je devais passer la première après les princes, on ne voulait pas se mettre en route sans moi. Je sentais monter les reproches :

- Pourquoi n'étiez-vous donc pas à votre place?

- Parce que, lui répondis-je, le comte de Paris, héritier des droits du comte de Chambord, n'était pas là.

- Il n'avait qu'à venir, dit-elle.

- Impossible, repris-je, et vous n'en ignorez pas les motifs."

page 39 :

"Les élections avaient été faites pour nommer une Assemblée nationale constituante, et lorsqu'en 1872, il s'agit de remplacer le gouvernement provisoire par un gouvernement définitif, il fallut le consacrer par un vote décisif.

L'Assemblée était en majorité monarchique, mais fractionnée en légitimistes, orléanistes et impérialistes. Quelques mois avant, le marquis de Beauvoir avait été chargé, par Mgr le comte de Paris, de prier le duc de Doudeauville de venir le trouver. Celui-ci, d'un légitimiste intransigeant, s'y refusa d'abord, mais, le prince insistant, il se rendit à son appel. Il était alors président du groupe des droites. Il avait formé un petit groupe de tellement purs légitimistes qu'on les appelait ironiquement les "chevau-légers".

Le comte de Paris lui exposa son intention formelle d'aller trouver le comte de Chambord à Frohsdorff pour lui apporter son ralliement et lui dire qu'il le reconnaissait... comme son prédécesseur ; il devait réaliser la fusion des deux branches ; le comte de Chambord l'attendait. Mais il pria le duc de Doudeauville de n'en point parler. C'est à cette époque que vint la mise aux voix de la forme du gouvernement. M. E. Turquet (depuis sous-secrétaire d'Etat aux beaux-arts), quoiqu'élu comme républicain, vint trouver M. de Doudeauville et lui dit : "M. le duc, ainsi que la plupart de vos collègues, vous désirez la monarchie. Nous, républicains, nous savons que nous serons battus, mais nous préférons la monarchie légitime, ayant horreur surtout du régime impérial. Nous allons être appelés à voter, rappelez-vous ce que je viens de vous dire. Faites mettre aux voix la monarchie ou la république, mais la monarchie sans épithète. Vos trois groupes l'emporteront sur nous ; nous voterons ensuite pour savoir quelle monarchie, et nous, républicains, voterons alors pour la monarchie légitime."

Les orléanistes ne voulurent pas se ranger à ce sage avis, et le duc de Doudeauville n'osa pas dire ce que le comte de Paris lui avait confié. C'est lui qui me l'a raconté, et je n'ai pu m'empêcher de m'écrier :

Mais, comment n'êtes-vous pas monté alors à la tribune pour confier ce secret à vos collègues? Il y a des cas où il est permis de faire ces sortes de confidences!

- C'eût été trahir la confiance du prince, me répondit-il.

Je tiens ces détails de M. E. Turquet et du duc de Doudeauville qui me les ont racontés dans les mêmes termes, chacun de leur côté.

Et la République fut votée à une voix de majorité."

page 107 :

"1926. Un événement funèbre vient interrompre mes anecdotes : c'est la mort du prince héritier du trône de France.

Le duc d'Orléans est mort le 28 mars 1926 à Naples, à l'âge de cinquante-six ans. Il était ce qu'on peut appeler un beau gars. Lorsqu'il vint en France à l'âge de vingt ans, bravant les lois d'exil pour réclamer l'honneur de servir son pays avec tous les autres conscrits, il eu un moment de réelle popularité. Mais il fut arrêté et emprisonné, puis libéré et reconduit à la frontière. Rochefort lui-même n'avait pas osé le trouver coupable, et son esprit toujours ironique lui avait donné un surnom qui connut un vrai succès. Il l'avait appelé le prince Gamelle!

L'exil l'avait rendu quelque peu maussade et le portait parfois à faire des farces assez cruelles. J'en conterai une qui est typique.

Le général de Charette, brave entre tous les braves, avait reçu la Légion d'honneur en 1870 ; mais son ambition était de recevoir du prince héritier de la couronne de France une décoration monarchique. Il fit faire de nombreuses démarches auprès du comte de Paris qui s'étonnait de cette ambition chez un homme de la valeur de Charette. Le prince ne voulait pas comprendre, mais enfin, devant l'insistance des messagers qu'envoyait Charette, il répondit un jour : "Dites au général que la monarchie n'étant pas rétablie, les décorations ne le sont pas non plus."

C'était un refus formel, mais à la mort du comte de Paris, le général de Charette, qui était en très bons termes avec le duc d'Orléans, pensa : "Maintenant, on va acquiescer à mon désir!"

Le duc d'Orléans, qui était au courant de son ambition, eut d'abord l'air de l'ignorer, pendant qu'il faisait dire par leurs amis communs que la chose était impossible. Mais un jour, il l'invita à un grand dîner. Lorsque les convives furent tous arrivés, le prince dit au général, en allant à table : "Mon cher Charette, vous serez, je pense, content de moi."

En arrivant à sa place, le général aperçoit un grand écrin, il l'ouvre, ô joie! c'est le collier des ordres. Aussitôt, le duc d'Orléans de lui dire : "Je suis heureux de vous offir cette décoration, c'est le collier des ordres que portait mon aïeul, Philippe-Egalité." Il y eut un certain froid parmi les invités et des sourires jaunes.

J'ai moi-même reçu, puis-je dire, le collier de Saint-Michel et du Saint-Esprit, du comte de Paris. A un dîner que je donnais chez moi, auquel le comte et la comtesse de Paris m'avaient fait l'honneur d'assister, le soir, en regardant quelques objets de vitrines que j'avais exposés dans le salon, il vit, au milieu, le collier des ordres et en parut étonné. Je lui expliquai comment il était là, car à la mort du titulaire, le collier devait retourner à la couronne : "Celui qui avait le droit de porter ce collier était l'arrière-grand-père de mon mari, mort en 1843 ; mon beau-père, alors son héritier (car son père était mort jeune), ne reconnaissant pas Louis-Philippe comme le roi de droit, garda le collier, attendant l'avènement de celui qu'il considérait comme le vrai roi, et ce fut l'empereur Napoléon III qui monta sur le trône. Le collier restait donc toujours là, on aurait pu le rendre au comte de Chambord, mais mon beau-père était un peu en froid de ce côté-là, à cause de la duchesse de Berry, et alors, depuis la République, il n'en était plus question. Mais, ajoutai-je, en parlant au prince, Monseigneur étant pour moi celui que nous devrions appeler notre roi, j'ai l'honneur de remettre ce collier entre ses mains."

Le comte de Paris, qui m'avait écoutée avec patience, et qui avait même un peu souri de mes racontars, me répondit aussitôt : "Madame, je vous prie de le garder en souvenir de moi."

ECRIN DU COLLIER DE L'ORDRE DU SAINT-ESPRIT - XVIIIe SIECLE - MUSEE DE LA LEGION D'HONNEUR, PARIS

ECRIN DU COLLIER DE L'ORDRE DU SAINT-ESPRIT - XVIIIe SIECLE - MUSEE DE LA LEGION D'HONNEUR, PARIS

COLLIER DE L'ORDRE DU SAINT-ESPRIT, 1823 (MAISON ROYALE DU PORTUGAL) - MUSEE DE LA LEGION D'HONNEUR, PARIS

COLLIER DE L'ORDRE DU SAINT-ESPRIT, 1823 (MAISON ROYALE DU PORTUGAL) - MUSEE DE LA LEGION D'HONNEUR, PARIS

SOUVENIRS DE LA DUCHESSE D'UZES - EDITIONS LACURNE - 2011

SOUVENIRS DE LA DUCHESSE D'UZES - EDITIONS LACURNE - 2011

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