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Les Rois Souterrains

LA FRANCE DESARMEE PAR HERVE PINOTEAU

6 Décembre 2013 , Rédigé par Les Rois Souterrains Publié dans #ALPHONSE II, #BARON PINOTEAU, #CHARLES X

Je reproduis ci-dessous un extrait du Mémoire pour la défense des droits héraldiques du duc d'Anjou rédigé le 2 novembre 1987 par le baron Pinoteau à l'attention de l'ancien ministre Jean Foyer pour appuyer sa plaidoirie en défense du prince Alphonse, duc d'Anjou et de Cadix, traîné devant un tribunal par des cadets sans pudeur (dixit le baron dans sa Présentation du texte).

Son intégralité est notamment lisible dans Les pleines armes de France de Clovis au duc d'Anjou (Le Léopard d'Or, juin 1995) qui réunit la réimpression de notre texte et un précédent : Les armes de l'aîné des Capétiens - Un point d'héraldique française écrit à Paris en 1980.

Je vous conseille de vous procurez l'oeuvre du baron Pinoteau ; la précision de ses textes et de ses références, le tout rarement dénué d'humour est une galaxie de savoirs indispensables pour les curieux rigoureux qui veulent comprendre la Royauté Très-Chrétienne et donc le légitimisme, non seulement à travers sa symbolique mais aussi son histoire ici-bas depuis une soixantaine d'années...

J'ai intitulé cet article La France désarmée, car vous apprendrez, comme cela m'est arrivé en le lisant, et vous comprendrez pourquoi la France ne possède plus d'armoiries à proprement parler aujourd'hui, contrairement à la plupart de nos voisins... So sad.

C'est pourquoi dans un prochain article je vous montrerai un voire plusieurs dessins héraldiques qui pourraient être les nouvelles armes de France, et réalisés par le baron Pinoteau, historien, célèbre phare de l'héraldique en général et qui fut, entre autres, le secrétaire de Mgr le prince Alphonse de Bourbon, duc d'Anjou mais aussi le chancelier du Chef de Maison.

En février 1848, la chute de la monarchie de Juillet emporta ses symboles, et à la suite d'un arrêté du 8 septembre suivant, signé Cavaignac, il fut décidé que le sceau de l'Etat "portera, d'un côté, pour type, la figure de la Liberté, et pour légende, au nom du peuple français, de l'autre côté, une couronne de chêne et d'olivier, liée par une gerbe de blé; au milieu de la couronne, République française, démocratique, une et indivisible, et pour légende, liberté, égalité, fraternité". Ce que grava Jean-Jacques Barre, graveur général des Monnaies, ne correspondit pas exactement à ce qui était prévu, mais l'essentiel est de savoir que la Liberté assise était au sceau et que le contre-sceau n'avait point de composition héraldique. La France n'avait plus d'armes comme en 1790-1804.

Il fallut attendre le rétablissement de l'Empire, le 2 décembre 1852, pour que l'on revit des armoiries. Elles furent évidemment impériales à la mode 1804-1814 et 1815. Il n'y eut plus de sceau de majesté : sur le sceau de l'Etat se voyaient les armoiries impériales et il n'y avait plus rien au contre-sceau. Jusqu'au désastre de Sedan, les armes de France furent donc ornées de l'aigle romaine empiétant un foudre, l'écu environné des ornements extérieurs habituels : le collier de la Légion d'honneur, les sceptres, le heaume timbré, le manteau impérial...

Le 4 septembre 1870 il n'y eut plus d'Empire et la IIIe République n'hésita pas pour ses symboles.Dés le 15 septembre, le Bulletin des lois est orné du sceau de 1848 et le décret du gouvernement de la défense nationale, en date du 25 suivant, déclare la même chose que l'arrêté (erroné) du 8 septembre 1848. On reprit donc le sceau et contre-sceau de Barre, en modifiant le sceau, lui ôtant la date du 24 fév. 1848.Nos constitutions sont toujours scellées de ce sceau et de ce contre-sceau sans aucun symbole héraldique, et c'est ainsi que la France actuelle n'a pas d'armes ou d'armoiries depuis Sedan. Car, chose curieuse, le régime de Vichy qui changea les cachets de ses administrations en mettant la francisque gallique au lieu de la Liberté, ne modifia en rien le sceau de l'Etat. Il est vrai qu'il ne l'utilisa pour aucune constitution ni aucun traité, mais la commission héraldique qui se réunit plus d'une fois pour créer de nouvelles armoiries, ne put aboutir à un texte formel, le vieux Maréchal ne s'intéressant pas à ces questions. De plus, la constitution qu'il préparait était toute républicaine.

Il existe, certes, du côté du ministère des affaires étrangères, des compositions héraldiques ou non que l'on découvre un peu partout. N'est pas héraldique la composition habituelle qui figure sur les passeports, mais la France est représentée dans une salle de l'O.N.U. à New-York, par des armoiries montrant un faisceau de licteur agrémenté de feuillages et de la devise républicaine, le tout d'or en champ d'azur, en un écu elliptique environné du collier de la Légion d'honneur. Ces armoiries de circonstance, composées vers 1928, à la suite d'autres du même genre, ne furent jamais avalisées par un décret du président de la République.

Contrairement à d'autres Etats, la France n'a pas d'armes et n'a ainsi pas gardé les armes de sa dynastie créatrice. En sens inverse, l'Espagne du gouvernement provisoire (1868-1870), des Ie et IIe Républiques (1873-1874, 1931-1939) et de l'Etat franquiste (1936-1975) a conservé les armes des anciens rois : Castille, Léon, Aragon, Navarre et Grenade. Le Portugal républicain, salazariste ou non, a conservé depuis 1910, date du renversement de la monarchie, les armes des anciens rois qui avaient fait le pays. De même, l'Allemagne républicaine de Weimar et de Bonn a conservé l'écu d'or à l'aigle de sable des anciens rois et empereurs, du Moyen-Age au XIXe siècle, et si l'Autriche républicaine a modifié l'aigle impériale, elle a gardé en son coeur l'écu de gueules à la fasce d'argent des anciens archiducs puis empereurs. De même, la Hongrie de Horthy avait gardé l'écu aux fasces et à la croix patriarcale des rois apostoliques (1919-1944)*. La Bulgarie communiste a même récupéré le lion (mais seulement le lion) des anciens tsars des Bulgares.

Chez nous, ce fut différent. La quatrième dynastie, celle des Napoléons, et la cinquième, celle ds Orléans, ont imposé de nouveaux symboles à l'Etat et les Républiques ont décidé, par réaction contre l'héraldique, abusivement liée à une forme ancienne de la société, de ne rien prendre du tout.

Il est évident, par de nombreux témoignages, que les Bourbons exilés continuèrent à prendre les armes de leurs aïeux et de leur maison. Le cachet des lettres de Charles X et de celui d'Henri V (probablement la même matrice) était orné de l'écu elliptique à trois fleurs de lis, environné des colliers des ordres et timbré de la couronne fermée. Nul doute que portait de même le "roi" intermédiaire, Louis XIX, comte de Marnes, qui se considéra effectivement souverain dans le privé, de la mort de son père Charles X (1836) à sa propre mort (1844). Les fers de reliure d'Henri V portaient ainsi les armoiries royales et il est normal que tous ces princes qui se titraient chefs de la maison de Bourbon, assumèrent les anciennes armes de France, la Nation n'ayant rien à y redire, ayant elle-même abandonné de si glorieux souvenirs.

Déconnectée de la vie publique et politique pour cause de révolution et d'usurpation, la famille royale, ou mieux ex-royale, rentrait dans le domaine privé et ses armes, qui furent celles de la Nation, rentraient, elles aussi, dans ce domaine. Certes, tout un chacun usurpe maintenant les anciennes armes fleurdelisées qu'on retrouve dans beaucoup de publicités, de même que l'image de la couronne de France, pour marquer du sceau de la grandeur, du prestige et de l'excellence tel ou tel produit à vendre, mais il n'en reste pas moins que la composition d'azur à trois fleurs de lis d'or ne sont plus "de France" que par une habitude de langage héraldique qui ne correspond plus à la vérité de nos jours, car elles ne furent pas les armes de France en 1790-1814, sous les Cent jours et ne le sont plus depuis 1830 comme on vient de le voir ci-dessus.

*La république de Hongrie a repris ses anciennes armes timbrées de la couronne de saint Etienne le 3 juillet 1990 (NdA, 1991)

LES PLEINES ARME DE FRANCE DE CLOVIS AU DUC D'ANJOU, HERVE PINOTEAU, LE LEOPARD D'OR, 1995
LES PLEINES ARME DE FRANCE DE CLOVIS AU DUC D'ANJOU, HERVE PINOTEAU, LE LEOPARD D'OR, 1995

LES PLEINES ARME DE FRANCE DE CLOVIS AU DUC D'ANJOU, HERVE PINOTEAU, LE LEOPARD D'OR, 1995

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